A-C Disdier and F. Alvaredo, two PSE economists awarded


ANNE-CELIA DISDIER


Laurier « jeune chercheur 2011 » de l’INRA
Ce prix a été une manière très agréable de terminer l’année 2011…
Ces Lauriers créés en 2006 par l’INRA sont effectivement de belles récompenses: je suis honorée à titre personnel, mais je pense en premier lieu aux différents collaborateurs et équipes avec lesquels j’ai travaillé pour aboutir aux travaux primés. Après un post-doc à Milan, j’ai intégré l’INRA en 2005 (au sein de l’UMR Economie Publique) et j’ai alterné enseignement, interventions dans des colloques et travaux de recherche à un rythme soutenu. J’ai rejoint PSE il y a quelques mois et je ne pouvais rêver mieux pour ouvrir un nouveau chapitre de ma vie scientifique !
Pourriez-vous nous parler de vos recherches ?
Mes travaux portent sur les effets des mesures tarifaires et non tarifaires sur les échanges commerciaux d’une part et sur le bien-être de la société d’autre part. La littérature économique est assez étoffée sur le premier aspect, et beaucoup plus récente pour le second : ainsi, je m’intéresse particulièrement, concernant les produits agricoles et agro-alimentaires, aux différentes réglementations sanitaires et phytosanitaires, aux normes et labels, aux standards techniques et de qualité – en un mot aux barrières informelles.
Les décideurs publics recherchent de plus en plus les instruments réglementaires permettant de maximiser le bien-être de la société tout en minimisant les entraves commerciales et les risques de conflit pour protectionnisme à l’OMC. J’analyse, par exemple, les mesures sanitaires et techniques imposées par les pays de l’OCDE, la législation européenne relative aux OGM ; je compare également les conséquences de différents instruments d’intervention publique. Ce champ de recherche récent, qui se base notamment sur l’économie expérimentale, me semble important : ces mesures ont de facto des impacts sur le bien-être des populations, qu’il s’agisse des consommateurs ou des producteurs, en particulier des petits producteurs des pays en développement. L’impact sur politiques d’aide au développement n’est alors jamais très loin…
Et vous diffusez aussi largement les résultats de vos travaux ?
Tout à fait : j’ai le plaisir d’intervenir dans de nombreux colloques sur ces thèmes et collabore également avec des organisations internationales telles que l’OCDE, la Banque Mondiale ou encore l’ICTSD (i.e International Centre for Trade and Sustainable Development). Je suis aussi impliquée dans deux projets de recherche européens, qui portent entre autres sur les échanges agricoles et alimentaires : AgFoodTrade et FoodSecure.


FACUNDO ALVAREDO


Bourse internationale « ESRC-DFID Grant 2011 »
Ces bourses internationales ESRC sont victimes de leur succès : moins d’1 projet sur 7 est retenu !
Nous avions mis toutes les chances de notre côté en soumettant un projet ambitieux : nous sommes vraiment ravis qu’il ait convaincu le jury ! Intitulé « The Long Run History of Economics Inequality », ce projet est coordonné par Tony Atkinson, Thomas Piketty et moi-même, et il implique de nombreux jeunes chercheurs : Salvatore Morelli, Juliana Londoño Vélez, Christoph Lakner, Sebastian Königs, Lorenzo Cerda Planas, Gabriel Zucman… Sont également à nos côtés des équipes du monde entier qui travaillent sur la collecte de données : Brésil, Israël, Argentine, Danemark, Chili, Norvège, Autriche, Colombie etc.
L’idée est-elle bien d’étudier les inégalités de distribution des richesses, via un immense travail de compilation de données ?
C’est exact - qui plus est avec une perspective historique longue. A partir des années 70-80, les choix fiscaux notamment, et les nouvelles formes de revenus, ont favorisé l’explosion de ces inégalités. Une attention particulière est apportée aux très hauts revenus et aux mécanismes de transmission intergénérationnels (héritages, dons) et à la fiscalité. Ainsi, nous nous appuyons sur les études fiscales – remontant parfois jusqu’au XIXe siècle - et les enquêtes disponibles, en les croisant lorsque cela est possible. Pour les économistes « classiques », la distribution des richesses était intiment liée aux rôles tenus par chaque agent ; on en distingue deux types : revenus du travail et du capital (financier, immobilier). Quatre facteurs explicatifs sont aujourd’hui retenus: la proportion de revenus agrégés liée au travail et celle liée au capital, la répartition des salaires, la répartition des revenus du capital et la corrélation entre les deux.
Dans la lignée des articles académiques précédents (Atkinson, Bourguignon, Piketty, Saez…), nous souhaitons affiner notre connaissance de l’articulation de ces quatre éléments afin de mieux comprendre les changements de répartition des revenus et des richesses et leurs implications sociales. Ce projet permettra également de donner une nouvelle dimension à l’étude spécifique des hauts et très hauts revenus, via l’extension de The World Top Incomes Database; de 26 pays dont les données ont été décortiquées et mises à disposition, nous passerons à 50 sous peu.
Vous abordez également les liens entre crises et inégalités ?
La dernière crise financière est-elle le résultat des inégalités de richesses ? Cette question semble avoir été globalement ignorée, tant par les économistes que par les commissions chargées d’examiner cette crise (notamment aux Etats-Unis). Et pourtant, des économistes tels Stiglitz, Rajan ou Milanovic ont suggéré qu’il était pertinent d’investiguer cette problématique plus en avant. Il faut analyser la validité de ces arguments. Une partie du projet est consacrée à l’étude des conséquences de l’introduction de l’inégalité dans les modèles des marchés financiers, en distinguant des catégories variées d’agents économiques, quand l’hypothèse de travail principal reste aujourd’hui celle d’agents représentatifs.