Paris School of Economics - École d'Économie de Paris

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P-Y Geoffard - « Assurance dépendance : publique ou privée... mais obligatoire ! »

Le point de vue de Pierre-Yves Geoffard


Le débat sur la prise en charge de la dépendance des personnes âgées vient enfin d’être ouvert par le gouvernement. Certes, de nombreuses ambiguïtés doivent être levées, ce problème étant qualifié tantôt de « cinquième risque », tantôt de « cinquième branche », cette seconde interprétation suggère une extension de la sécurité sociale, alors que la première laisse la réflexion ouverte à un système concurrentiel d’assurance. Mais la question du financement ne peut être abordée qu’à travers celle des services apportés aux personnes dépendantes. Actuellement, outre les soins médicaux proprement dits, couverts par les assurances maladies, les services d’aide à la vie quotidienne sont le plus fréquemment apportés par l’entourage familial, notamment féminin. Ce temps consacré aux personnes dépendantes échappe en grande partie aux statistiques, car il fait rarement l’objet d’un échange marchand.
Mais les enquêtes montrent que, pour les personnes « aidantes », il peut représenter une charge lourde, qui parfois entre en conflit avec le travail salarié. Le développement d’un secteur formel de prise en charge, allégeant la charge des aidants familiaux, articulant l’ensemble des services nécessaires des tâches ménagères aux soins hospitaliers, et permettant aux personnes qui le désirent de continuer à vivre à domicile, est de fait un enjeu plus important que le financement des dépenses.
Mais les deux questions sont liées, car deux équilibres sont possibles. Dans le système actuel, l’assurance dépendance reste facultative, et de nombreuses personnes choisissent de ne pas s’assurer : peut-être par procrastination, assez plausible lorsqu’il s’agit de se projeter dans un futur aussi peu engageant, mais peut-être aussi par insuffisance des services proposés. A quoi bon payer aujourd’hui une prime d’assurance pour recevoir, dans un futur lointain, une rente qui ne donnerait accès qu’à des services de mauvaise qualité ? En revanche, savoir qu’il existera dans le futur des services adéquats peut nourrir une demande d’assurance. Symétriquement, de tels services ne peuvent se développer que si les intervenants du secteur anticipent une demande élevée dans le futur, et surtout une demande solvable, ce qui est justement garanti par une assurance suffisamment répandue.
La politique publique peut intervenir pour favoriser la coordination des anticipations sur le deuxième équilibre. Rendre l’assurance obligatoire semble indispensable ; qu’elle soit publique permettrait en outre de viser un financement plus justement réparti. Le développement, après guerre, de la branche maladie de la sécurité sociale avait pour objectif affiché de susciter une augmentation de l’offre de soins médicaux, en rendant la demande de soins solvable. L’objectif a été atteint, voire dépassé… Saura-t-on transposer ce succès au risque dépendance ?


Ce texte est issu de la Lettre n°4 de PSE

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