Quand l’engagement vient au secours de la coordination

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Nicolas Jacquemet, Stéphane Luchini, Jason Shogren et Adam Zylbersztejn

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Les jeux de coordination visent à étudier les situations économiques dans lesquelles les décisions isolées des individus qui composent un groupe (une société, un marché, etc) conduisent à des résultats inférieurs à ce qui serait collectivement possible si les décisions étaient coordonnées. L’étude de ces défauts de coordination s’applique à un vaste éventail de problèmes économiques, tels que la coordination internationale des politiques économiques, les fluctuations macroéconomiques, les comportements sur les marchés financiers (attaques et bulles spéculatives, paniques bancaires) ou encore l’organisation des processus de production à l’intérieur d’une entreprise. Puisque ces problèmes naissent de l’absence de lien entre les individus lors de la prise de décision, un instrument souvent proposé pour restaurer l’efficacité dans ce type de situation est d’offrir la possibilité aux personnes impliquées d’échanger de l’information, à travers une communication qui précède leur prise de décision. La leçon générale qui émerge de ces travaux est que la communication n’améliore que très peu la capacité à se coordonner.
Dans cet article, Nicolas Jacquemet, Stéphane Luchini, Jason Shogren et Adam Zylbersztejn avancent l’hypothèse que l’échec (relatif) de la communication dans ce contexte provient de son manque de crédibilité : les individus n’ont aucune raison de se tenir à leur parole, ni même de transmettre sincèrement les informations dont ils disposent, quand bien même le sort de tous en serait-il amélioré. La psychologie sociale de l’engagement apporte une réponse à ce problème. Elle montre que les comportements individuels sont affectés par la séquence d’actions dans laquelle ils interviennent : une personne qui accepte de donner l’heure à un inconnu qui le sollicite, par exemple, sera plus encline à accepter également de dépanner ce même inconnu de quelques euros pour prendre les transports en commun. Le fait de donner l’heure constitue un mécanisme d’engagement. Ce travail, via des expériences en laboratoire de sciences sociales, applique cette idée à la communication dans les jeux de coordination. Les auteurs montrent que la coordination des décisions qui résulte de la communication est très nettement améliorée (plus de 50% d’augmentation) lorsque les individus ont préalablement accepté de signer un serment à dire la vérité. Dans ce contexte, l’information transmise est plus fiable, et les individus tiennent plus souvent parole. La décision de signature constitue un engagement à la sincérité qui modifie les comportements de communication. L’utilisation de mécanismes d’engagement permet ainsi de restaurer la crédibilité de la communication et d’améliorer la situation de l’ensemble des membres du groupe.

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Titre original de l’article académique : “Coordination with Communication under Oath”
Publié dans : Document de travail du Greqam
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