Paris School of Economics - École d'Économie de Paris

La science économique au service de la société

Moutonnier ou malin ? Pourquoi les interactions sociales jouent un rôle central dans les choix de portefeuille

Lien court vers cet article : http://bit.ly/2pFHB0l

Luc Arrondel, Hector Calvo Pardo, Chryssi Giannitsarou et Michael Haliassos

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Des recherches récentes ont montré que plus une personne interagit avec des individus prenant des risques financiers, plus elle aura tendance à en faire autant. Est-ce que cela traduit un comportement moutonnier ou une capacité à intégrer des informations données par ses pairs ? Si la première hypothèse peut être synonyme d’effets de mode, de bulle et in fine de crise, la seconde peut venir atténuer les crises par la diffusion de “bonnes” pratiques financières.

Dans cet article, Luc Arrondel, Hector Calvo Pardo, Chryssi Giannitsarou et Michael Haliassos collectent et analysent de nouvelles données issues d’un échantillon représentatif de ménages français interrogés en 2014 et 2015 (enquête PATER). Cette enquête comprend des informations originales et précises sur la participation des individus au marché boursier, sur les interactions sociales, mais aussi sur l’explicitation des “croyances” et perceptions de chacun quant aux rendements possiblement réalisables sur ce marché. Les chercheurs distinguent deux canaux principaux par lesquels les interactions sociales influent sur les décisions individuelles d’investissement : via l’échange d’informations ou via la simple imitation (1). Imiter nos pairs lorsqu’ils font partie de notre cercle financier peut être perçu comme une imitation “calculée”. A l’inverse, être influencé par la proportion d’individus investissant en bourse qui sont en dehors de ce cercle peut être vu comme un comportement “moutonnier”. Dans le premier cas, les interactions “instructives” (ou “informationnelles”) sont cohérentes avec le fait que les répondants sont davantage disposés à former un cercle d’individus avec lesquels ils discutent de questions financières lorsqu’ils considèrent qu’une proportion importante d’individus de leur réseau social est informée sur le marché boursier. Les auteurs soulignent aussi que lorsque les membres de ce “cercle financier” sont considérés comme des connaisseurs de la bourse ou s’ils détiennent effectivement des d’actions, les individus ont tendance à voir les cours passés de la Bourse comme élevés et à anticiper de plus forts rendements des actions dans le futur. Ces effets ne sont cependant pas observés au-delà de ce cercle, c’est-à-dire pour l’ensemble de notre réseau social, ce qui signifierait qu’il ne s’agit pas d’un effet de similarité dû à des facteurs inobservables (2). Les pairs influencent notre façon de percevoir le passé, le présent et le futur, en particulier dans le domaine financier où l’on tend à s’entourer d’individus qui nourrissent notre décision, par les informations qu’ils partagent ou les comportements qu’ils adoptent. Ce contraste entre un cercle proche et le reste de la société explique le choix de devenir actionnaire, soit directement en investissant comme ses pairs, soit indirectement à travers le rôle des anticipations (plus optimistes) concernant les rendements futurs. Les auteurs notent que des comportements de simple imitation sont également observés puisque les choix financiers sont influencés par le nombre d’actionnaires existants dans notre réseau social non financier. Si les comportements de nos pairs influencent notre décision de participer au marché boursier à la fois directement (j’achète parce que les gens de mon cercle achète) et indirectement par l’intermédiaire des anticipations, les montants investis (pour ceux qui sont actionnaires) ne dépendent de notre réseau que par le biais des anticipations (3). Les conclusions de ce travail suggèrent que les interactions sociales tendent à réduire plutôt qu’à augmenter les effets d’une éducation financière limitée, et influencent donc les choix de portefeuille plus par le canal de l’information que par la “contagion”.

(1) Cas qui souligne alors le rôle de la norme sociale dans la formation des préférences et avis individuels
(2) Cet effet est d’ailleurs validé lorsqu’on fait une analyse en placebo, testant aléatoirement les liens entre les comportements financiers et les anticipations avec l’âge, le niveau de diplôme etc.
(3) Par contraste avec celles et ceux qui ne détiennent pas d’actions, et semblent moins disposés à se porter sur des marchés financiers perçus comme risqués

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Titre original de l’article académique : « Informative Social Interactions »
Téléchargement : https://economicdynamics.org/meetpapers/2016/paper_636.pdf
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Ce texte a été initialement publié dans http://www.res.org.uk/details/mediabrief/10504011/LITTLE-EVIDENCE-FOR-THE-MADNESS-OF-CROWDS-Our-social-interactions-are-informativ.html