Paris School of Economics - École d'Économie de Paris

La science économique au service de la société

Réseau de diffusion technologique et politique climatique : l’exemple de l’éolien depuis 1983

Lien court vers cet article : http://bit.ly/2pFClK6

Solmaria Halleck Vega et Antoine Mandel

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Dans le récent accord de Paris sur le climat (COP21), le rôle de la diffusion des technologies dans l’atténuation du changement climatique est très largement mis en avant. Malgré le volontarisme affiché, notre compréhension de la façon dont les technologies sont diffusées à l’échelle mondiale et des leviers possibles pour accélérer ce processus est plutôt limitée. Cela s’explique en partie par l’absence d’ensembles de données détaillant la diffusion de technologies spécifiques sur de longues périodes et à l’échelle mondiale. Un autre défi majeur est que le réseau de diffusion technologique est généralement inobservable. La plupart des études empiriques sur l’adoption et le transfert de technologies ont porté sur les transferts bilatéraux (1), considérés indépendamment pour chaque relation de pays à pays. Ainsi le rôle des interconnexions directes et indirectes dans la diffusion globale des technologies a été peu pris en compte. Pourtant, les réseaux peuvent avoir une influence fondamentale dans la diffusion des technologies. Par exemple, il se peut qu’un pays ne soit pas quantitativement la source ou le débouché le plus important pour une nouvelle technologie mais joue un rôle central en tant que « hub » dans sa diffusion.

Dans cet article, Solmaria Halleck Vega et Antoine Mandel proposent une méthodologie pour inférer le réseau global de diffusion technologique. Ils appliquent cette méthodologie à l’énergie éolienne, technologie majeure dans la transition énergétique. Pour ce faire, ils utilisent une base de données portant sur l’ensemble des turbines éoliennes installées dans le monde depuis 1983. Après avoir extrait de cette base de données des informations précises sur les technologies employées, ils reconstituent le processus de diffusion des générations successives d’éoliennes, caractérisées notamment par la taille croissante de leur turbine. En utilisant des méthodes de la science des données développées initialement pour reconstruire des réseaux sociaux à partir d’observations de la propagation de « mêmes », ils parviennent à déduire, à partir des données d’installation, les réseaux probables de diffusion technologique. Ces réseaux, représentés dans le visuel ci-contre à travers l’exemple de l’éolien, peuvent être lus comme des cartes illustrant les voies de propagation technologique et leur évolution au cours du temps. Ces cartes permettent aussi de quantifier les propriétés structurelles du réseau et d’identifier les pays ou groupes de pays jouant un rôle important en tant que source ou qu’intermédiaire dans la diffusion. Du point de vue de la politique climatique, ces cartes peuvent être utilisées pour déterminer des stratégies efficaces de transfert technologique ou pour étudier l’impact des accords commerciaux et environnementaux sur ces phénomènes. Solmaria Halleck Vega et Antoine Mandel travaillent actuellement sur la collecte de données permettant d’étendre leur approche à un large ensemble de technologies, allant de l’énergie solaire à la sidérurgie et la production de ciment. L’objectif des auteurs est d’évaluer la contribution globale des politiques de transfert technologique à l’atténuation du changement climatique.

(1) C’est-à-dire entre deux pays

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Titre original de l’article académique : “A network-based approach to technology transfers in the context of climate policy”
Publié dans : CES Working paper 2017.09
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