Paris School of Economics - École d'Économie de Paris

La science économique au service de la société

Immigration illégale et travail clandestin : les taux d’imposition et contrôles aux frontières ont-ils un rôle à jouer ?

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Carmen Camacho, Fabio Mariani et Luca Pensieroso

L’immigration illégale est un sujet controversé dans les débats politiques partout en Europe et au-delà. Ils se concentrent principalement sur les mesures de renforcement des frontières afin de contrôler les flux d’immigrants. L’idée que l’immigration illégale et l’économie souterraine sont liées est répandue, pourtant la littérature économique est restée étonnement silencieuse sur ce sujet. Si l’économie souterraine a fait l’objet d’un intérêt croissant, c’est uniquement sur le point précis des déterminants de l’informalité. Le rôle de l’immigration illégale reste, dans ce cas, négligé. D’autres études s’intéressent à l’immigration illégale mais omettent sa relation avec l’économie souterraine.

Dans cet article, Carmen Camacho, Fabio Mariani et Luca Pensieroso choisissent une perspective différente et abordent la question spécifique du travail des clandestins dans les pays d’accueil. Ils étudient les incitations qui rendent l’immigration illégale à la fois attractive pour l’immigrant potentiel et convenable pour les entreprises locales. Dans leur décision d’émigrer, les immigrants potentiels réagissent aux différences de salaire entre le pays d’origine et d’accueil, en tenant compte non seulement de leur statut futur mais aussi des coûts liés à l’émigration et à une éventuelle reconduite aux frontières. Ces deux coûts sont d’une nature différente. Le coût lié à l’émigration est purement financier, tandis que le coût de reconduite aux frontières comprend la possibilité d’une punition légale ainsi que la stigmatisation sociale du migrant revenu dans son pays. De leur côté, les entreprises décident d’être dans la légalité ou l’illégalité. Ce choix dépend de la disponibilité de main d’œuvre illégale mais aussi des impôts, des différentiels de productivité et du coût de détection. Dans ce cadre, l’immigration illégale et le secteur d’emploi informel peuvent se nourrir l’un l’autre : un secteur informel « fort » peut encourager l’immigration illégale, tandis que la présence d’un grand nombre d’immigrants illégaux peut renforcer les incitations des entreprises à entrer dans l’illégalité. Une des conclusions majeures de cet article est que les réductions d’impôts peuvent être utilisées conjointement au contrôle des frontières pour réduire l’immigration illégale. Un gouvernement qui désire réduire l’immigration illégale n’est pas contraint à l’usage exclusif du contrôle de frontières mais il peut également augmenter les contrôles dans les entreprises pour réduire les activités informelles, ou encore diminuer les taxes pour que leur niveau n’incite pas à recourir à l’économie informelle. Dans un dernier volet, les auteurs comparent trois types de décideurs politiques selon leur attitude envers les immigrants illégaux et calculent dans chaque cas le taux d’imposition optimal. Le premier décideur, le décideur dit altruiste, prend en compte le bien-être des travailleurs légaux (nationaux ou pas) ainsi que celui des immigrants illégaux. Le deuxième, le décideur classique, ne considère que le bien-être des travailleurs légaux. Pour le dernier, appelé « décideur xénophobe », les immigrants illégaux constituent une source de mal-être. Sous certaines hypothèses, les auteurs démontrent que le décideur altruiste est celui qui fixe le plus bas taux d’imposition, car il préfère accueillir moins d’immigrants illégaux mais dans des meilleures conditions.

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Titre de l’article académique : « Illegal Immigration and the Shadow Economy »
Publié dans : Documents de travail du Centre d’Economie de la Sorbonne 2015.55
Téléchargement : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01178945/

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