Paris School of Economics - École d'Économie de Paris

La science économique au service de la société

Le temps ne fait pas son œuvre : on ne s’habitue pas à la pauvreté

Andrew Clark, Conchita D’Ambrosio et Simone Ghislandi

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Les nombreuses recherches sur les liens entre revenus et bien-être convergent sur deux faits empiriques : à un instant donné, les individus les plus aisés tendent à se déclarer plus heureux ; mais en revanche, le bien être moyen dans un pays n’augmente pas lorsque le PIB par habitant croît. Le paradoxe d’Easterlin semble ainsi précisé et une des explications souvent proposée est l’accoutumance : au bout d’un moment, on s’habitue à tout, y compris à un meilleur niveau de vie. C’est ce que confirment des travaux empiriques sur cette adaptation à divers « événements », exception faite du chômage. Mais alors, est-il vrai qu’un changement de revenu ne sert à rien ? Et qu’en est-il lorsque le changement ou l’événement en question plongent l’individu dans la pauvreté ?
Dans cet article, la question de « l’accoutumance » à la pauvreté est analysée par Andrew Clark, Conchita D’Ambrosio et Simone Ghislandi à partir d’un échantillon de plus de 45 000 personnes vivant en Allemagne entre 1992 et 2011. En préambule, ils posent une question essentielle : peu importe le résultat, peut-on considérer que le bien-être subjectif est un indicateur fiable de la santé d’une société ? Ils plaident en faveur de la prise en compte systématique des conditions objectives de vie, car la conclusion d’une accoutumance à la pauvreté pourrait être peu reluisante : si les plus démunis se sentaient après un temps moins « malheureux »… pourquoi les aider ? Dans les données allemandes, comme attendu, les individus qui basculent dans la pauvreté voient leur sentiment de bien-être diminuer ; de facto, ceux qui vivent avec des revenus faibles ou très faibles ont un sentiment de bien-être bas. Plus surprenant, les auteurs mettent en exergue que cela est persistant : une très faible portion d’individus déclare qu’avec le temps ils se sentent un peu mieux malgré leur mauvaise situation matérielle et financière. Pour la grande majorité, les raisons de la détérioration de leur situation, la durée de cette période difficile, ou même les différents degrés de pauvreté n’ont quasiment aucune influence sur ce constat : on ne s’habitue pas à la pauvreté.
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Titre original de l’article académique : Adaptation to Poverty in Long-Run Panel Data
Publié dans : PSE Working Papers n°2014-01
Téléchargement : http://hal.archives-ouvertes.fr/halshs-00925542/
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