Paris School of Economics - École d'Économie de Paris

La science économique au service de la société

Comment estimer précisément l’immigration légale ? Le cas de la France entre 1998 et 2013

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Hippolyte d’Albis et Ekrame Boubtane

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L’immigration est au cœur des débats publics et politiques dans de nombreux pays et, notamment, en France. Avant même de pouvoir discuter des éventuels opportunités et risques engendrés par l’immigration, il est nécessaire de savoir ce qu’elle représente quantitativement. Mais contrairement à d’autres phénomènes démographiques, tels que les naissances et les décès, elle est plus difficile à mesurer car ces contours sont plus flous. Cette difficulté engendre parfois des estimations différentes qui, malheureusement, peuvent être interprétées comme une volonté de dissimuler la réalité ou utilisées pour discréditer les mesures proposées.

Dans cet article, Hippolyte d’Albis et Ekrame Boubtane expliquent les difficultés de l’évaluation des entrées en France de personnes étrangères en provenance de pays non Européens. Ils proposent une évaluation de l’immigration légale à vocation permanente au cours de la période 1998-2013. Pour cela, ils utilisent des données administratives relatives à la délivrance de titres de séjour, qui proviennent de l’application de gestion des dossiers de ressortissants étrangers en France. Le champ étant celui des personnes ayant obtenues un premier titre de séjour d’un an et plus, les auteurs analysent les entrées par âge, sexe, pays d’origine et catégorie légale d’admission au séjour. Le nombre d’entrées permanentes de ressortissants de pays tiers est de 175 494 personnes par an en moyenne sur la période, soit moins de 0,3% de la population résidant en France. Les personnes immigrées sont plutôt jeunes et les femmes représentent plus de la moitié des entrées. La décomposition du flux migratoire par pays d’origine a fortement évolué au cours de la période. Les ressortissants des pays d’Afrique sont majoritaires mais leur part dans le nombre des entrées a diminué (57% du total en 2013, -6 points par rapport à 2003), alors que la part des ressortissants des pays d’Asie a légèrement augmenté sur la période (pour atteindre 25,3% du total). L’analyse par nationalité révèle que les Algériens et les Marocains sont majoritaires parmi les personnes immigrées, suivis par les Tunisiens et les Chinois, dont la part dans les entrées a fortement augmenté au cours de la période. La majorité des entrées légales de personnes immigrées en France résulte de la délivrance d’un titre de séjour pour motifs familiaux (56,1% en 2013), et concerne principalement des membres de famille de ressortissants Français. La poursuite des études constitue la seconde catégorie d’entrée en France (23,9%). Sur la période, les entrées pour motif humanitaire, qui comprennent les réfugiés, ont augmenté mais sont restés relativement faibles (8,9%). Enfin l’immigration pour motif professionnel est très limitée en France (6,7%).

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Titre original de l’article académique : “Caractérisation des flux migratoires en France à partir des statistiques de délivrance de titres de séjour (1998-2013)”
Publié dans : Population-F, 70 (3), 2015, 487-524
Téléchargement : https://www.ined.fr/fichier/rte/General/Publications/Population/2015/FR/487-PopF3-2015-DAlbis-Article.pdf

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