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Dans quel cas la dépense publique est-elle un outil de relance intéressant ?

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Axelle Ferriere et Gaston Navarro

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La dépense publique est régulièrement utilisée pour atténuer les effets des récessions économiques. Pourtant, il n’y a pas de consensus, parmi les économistes, quant à l’efficacité de cette dépense pour relancer la croissance. Les études empiriques estiment des effets multiplicateurs des dépenses publiques très variés, selon les méthodes et les données utilisées. Les résultats théoriques diffèrent tout autant – entre autres, en fonction de la manière dont l’Etat finance l’accroissement des dépenses dans les modèles.

Dans cet article, Axelle Ferriere et Gaston Navarro analysent dans quelle mesure les multiplicateurs de dépense publique dépendent de la répartition des impôts entre les ménages. En d’autres termes, les multiplicateurs sont-ils fonction de qui paie les impôts pour financer la relance par la dépense ? Leur constat principal est que les effets multiplicateurs sont plus importants lorsque la dépense publique est financée par des impôts plus progressifs. Ainsi, une augmentation des dépenses est plus expansionniste lorsque la charge fiscale résultant de cette relance pèse davantage sur les hauts revenus.

L’histoire américaine en matière de politique des dépenses et des impôts est particulièrement révélatrice à ce propos. Elle permet de saisir comment la répartition des impôts détermine les multiplicateurs. En effet, les États-Unis ont adopté de nombreuses réformes fiscales pour financer de grandes dépenses, et ces réformes ont été très variées selon les périodes. Dans certains cas, comme lors des Première et Seconde Guerres Mondiales, ou lors de la Guerre de Corée, la charge fiscale pesait davantage sur les contribuables à hauts revenus. A l’inverse, pendant la Guerre du Vietnam ou la relance de la course aux armements sous Reagan, la charge fut répartie de façon plus uniforme entre les ménages. A. Ferriere et G. Navarro utilisent cette variation historique dans le financement des dépenses pour évaluer dans quelle mesure les effets multiplicateurs dépendent de la progressivité de l’impôt appliqué. Ils constatent des multiplicateurs supérieurs en cas de financement par une imposition plus progressive.

Un modèle macroéconomique simple, avec des agents hétérogènes et un choix discret d’offre de travail, permet de mieux comprendre ce résultat empirique. Dans ce modèle, les contribuables à hauts revenus ont d’excellentes perspectives de carrière et font face à un coût de renoncement élevé s’ils se retirent du marché du travail, ce qui les rend moins sensibles aux variations des impôts. D’autre part, les hauts revenus ont une plus faible propension marginale à consommer : leur consommation est donc également moins sensible aux variations des impôts. Ces deux mécanismes expliquent pourquoi un accroissement des dépenses financé par des impôts plus progressifs induit un effet d’éviction moindre, et ainsi, un effet multiplicateur de la dépense publique plus important.

En conclusion, si l’objectif d’un gouvernement est de relancer la production par une hausse des dépenses publiques, alors la relance doit être financée par les hauts revenus. Globalement, est-ce souhaitable d’utiliser la dépense publique comme politique de stabilisation ? Cet article suggère qu’en cas d’absence de frictions sur le marché du travail, la progressivité de l’impôt elle-même peut jouer un rôle de stabilisation du cycle également important.

Article original : The Heterogeneous Effects of Government Spending : It’s All About Taxes (La dépense publique et ses effets hétérogènes : une question d’impôts)
Publié dans : Document de travail