Paris School of Economics - École d'Économie de Paris

La science économique au service de la société

Apprentissage et collusion sur de nouveaux marchés avec coûts d’entrée incertains

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Francis Bloch, Simona Fabrizi et Steffen Lippert

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Lorsque des opportunités apparaissent – développement de nouveaux produits, entrée sur de nouveaux marchés géographiques – les entreprises commencent par acquérir de l’information. Elles les évaluent graduellement en effectuant des études de marchés ou des tests sur les produits. Ce n’est qu’une fois qu’elles ont acquis la certitude que le nouveau marché était profitable qu’elles prennent la décision d’y entrer. Si cette stratégie est claire pour une entreprise en monopole, elle l’est beaucoup moins dans un modèle d’oligopole où les deux entreprises en concurrence acquièrent indépendamment et de façon cachée une information sur les coûts fixes d’entrée.
Dans cet article théorique, Francis Bloch, Simona Fabrizi et Steffen Lippert étudient un modèle d’apprentissage concurrentiel. Une entreprise observe que son concurrent n’est pas entré dans un nouveau marché, et elle ignore s’il a pris cette décision après l’observation d’un signal négatif, ou s’il n’a simplement pas encore reçu d’information sur son coût. Au fur et à mesure que le temps passe, la probabilité qu’aucune information n’ait été reçue diminue et l’entreprise devient de plus en plus optimiste sur ses profits futurs. A une date fixe, elle choisira donc d’entrer sur le marché même si elle n’a encore reçu aucun signal sur son coût d’entrée. C’est ainsi que le modèle d’apprentissage conduit, comme dans le modèle de Fudenberg et Tirole (1985) à un équilibre de préemption ; cependant, cet équilibre n’est pas dû à une évolution exogène des coûts comme dans ce modèle, mais à une évolution endogène des croyances.
Les auteurs s’interrogent ensuite sur la collusion. Comment les entreprises peuvent-elles éviter une concurrence frontale sur un nouveau marché, et s’entendre sur un partage des profits ? Cette question est particulièrement épineuse quand les entreprises ne savent pas laquelle des deux a le coût d’entrée le plus bas, et que l’information sur les coûts est acquise graduellement et de façon cachée par chacun des deux concurrents. Un accord de compensation permet à une entreprise entrée sur le marché de payer sa concurrente pour que cette dernière reste en dehors de ce marché. Mais cette compensation est nécessairement élevée – car l’entreprise ne sait pas si sa concurrente a reçu un signal négatif ou non. Plus le temps passe, plus une entreprise se montre réticente à compenser un concurrent dont elle pense avec une forte probabilité qu’il supporterait un coût d’entrée trop élevé pour la menacer sur le marché. Ces accords de compensation ne peuvent donc être efficaces que si une entreprise leader reçoit suffisamment tôt un signal positif sur son coût d’entrée. Autrement dit, un accord de compensation entre deux entreprises n’est possible que si l’écart d’information entre les deux entreprises n’est pas trop élevé ; de plus, l’accord de compensation doit donner à l’entreprise suiveuse une part suffisante des profits afin de les égaliser (entre « leader » et « follower ») et réduire ainsi la préemption excessive sur le marché.
Référence : D. Fudenberg et J. Tirole (1985) « Preemption and rent equalization in the adoption of new technology », Review of Economic Studies 52, 383-401.

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Titre original de l’article académique : “Learning and collusion in new markets with uncertain entry costs”
Publié dans : Economic Theory
Téléchargement : http://econpapers.repec.org/paper/halwpaper/hal-00639049.htm
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