Paris School of Economics - École d'Économie de Paris

La science économique au service de la société

Un patrimoine en hausse implique-t-il une hausse de la consommation ? Une approche microéconomique

Lien court vers cet article : http://bit.ly/1Sh8CMf

Luc Arrondel, Pierre Lamarche et Frédérique Savignac

Le lien entre consommation et richesse est au cœur des problématiques de la théorie économique depuis longtemps. Selon l’hypothèse du cycle de vie élaborée dans les années 1950, le patrimoine accumulé permet aux ménages de lisser leur consommation dans le temps, c’est-à-dire de séparer la temporalité des dépenses de celle des ressources, notamment en prévision des baisses de revenu à l’âge de la retraite. Toute variation non anticipée (et permanente) du montant du patrimoine se répercute alors, par ce que l’on appelle un « effet richesse », dans les comportements de consommation : puisqu’on est de fait plus riche, on dépense davantage. La mesure de cet effet est essentielle pour la mise en œuvre de la politique économique, d’autant plus dans le contexte de forte variation des prix de l’immobilier et des cotations boursières des années récentes. Cet impact de la valeur du patrimoine sur la consommation des ménages est le plus souvent étudié au niveau macroéconomique. Les estimations agrégées pour la France montrent qu’un euro de patrimoine supplémentaire entraînerait une augmentation de la consommation de 0,8 à 1 centime d’euro et concluent généralement que cet « effet richesse » est plus important pour le patrimoine financier que pour l’immobilier.

Dans cet article, Luc Arrondel, Pierre Lamarche et Frédérique Savignac envisagent une approche microéconomique de l’effet des variations du patrimoine sur le niveau de consommation. Leur étude empirique s’appuie sur les données microéconomiques de l’enquête Patrimoine 2010 pour estimer la propension marginale à « consommer la richesse » : autrement dit, combien de centimes en plus suis-je prêt à consommer si ma richesse augmente de 1 euro. Ces données vont au-delà du débat macroéconomique puisqu’elles permettent de prendre en compte de nombreuses hétérogénéités individuelles dans les comportements de consommation, ainsi que dans le montant et la composition du patrimoine. Les résultats confirment que la propension marginale à consommer la richesse est globalement faible, de l’ordre de 0,5 centime d’euro par euro de richesse supplémentaire. Elle dépend cependant de la nature des actifs et présente de fortes disparités le long de l’échelle des patrimoines. Ainsi, la propension marginale à consommer la richesse financière est de plus de 11 centimes par euro de richesse additionnelle pour les ménages dont le patrimoine net est inférieur à la médiane (115 000 €), alors qu’elle est nulle pour les ménages du décile le plus riche. Cet « effet richesse » est nettement moins élevé et contrasté lorsque la valeur de la résidence principale augmente d’un euro : 1,1 centime pour les patrimoines nets inférieurs à la médiane et 0,7 centime pour le décile le plus riche. Par ailleurs, il est plus important pour les propriétaires ayant contracté un emprunt garanti par une hypothèque. Ces politiques n’ont pas le même impact sur la demande et la croissance en fonction des types d’actifs et des catégories de ménages qu’elles affectent le plus. Cette analyse microéconométrique met ainsi en lumière un « effet richesse » plus marqué pour les ménages moins aisés : c’est donc un résultat que les politiques monétaires et fiscales doivent impérativement considérer.

......................
Titre original de l’article académique : « Wealth effects on consumption across the wealth distribution : empirical evidence »
Publié dans : ECB Working Paper Series, n° 1817
Téléchargement : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01168660

......................
© christopher-oliver - Fotolia.com