Paris School of Economics - École d'Économie de Paris

La science économique au service de la société

Les infrastructures de transport sont-elles un vecteur de croissance des villes ?

Lien court vers ce résumé : http://bit.ly/2AfLSMQ

Miquel-Angel Garcia-Lopez, Camille Hémet et Elisabet Viladecans-Marsal

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Les politiques de développement urbain impliquent le plus souvent des investissements massifs dans les infrastructures de transport routier ou ferroviaire. A titre d’exemple, la Société du Grand Paris investit aujourd’hui 29 milliards d’euros pour la réalisation du nouveau métro et la modernisation du réseau de transports francilien, soit environ 1.3 % du PIB français. Les économies émergentes ne sont pas en reste : actuellement, près de 20 % des prêts de la Banque Mondiale sont destinés à financer des infrastructures de transport, dépassant ainsi les prêts pour les programmes sociaux. Il est alors essentiel de mesurer les effets de ces investissements sur les villes concernées : l’amélioration des infrastructures de transport a-t-elle un impact sur la croissance économique locale ?

Dans cet article, Miquel-Angel Garcia-Lopez, Camille Hémet et Elisabet Viladecans-Marsal étudient le cas de l’Ile de France, qui a connu d’importantes modifications des infrastructures de transport routier et ferroviaire au cours des cinquante dernières années. En utilisant l’historique de développement des grands axes routiers franciliens et du développement du RER entre 1968 et 2010, les auteurs répondent à la question suivante : quel est l’effet de ces investissements sur la croissance de l’emploi et de la population des communes d’Ile de France ? Répondre à cette question n’est pas si simple. Il ne suffit pas de regarder le simple lien de corrélation entre la présence d’une infrastructure (par exemple, une gare) dans une commune et la croissance de l’emploi dans cette commune. En effet, les pouvoirs publics ne décident généralement pas de la localisation d’une gare au hasard, ce qui risque de biaiser le résultat observé. Par exemple, le décideur peut choisir de construire une nouvelle gare dans une zone dynamique d’un point de vue économique, afin d’absorber les besoins anticipés de transports de travailleurs. Dans ce cas, l’effet de l’infrastructure sur la croissance sera surestimé. A l’inverse, on peut décider d’implanter une gare dans une commune défavorisée, afin de la désenclaver et de favoriser l’accès à l’emploi de sa population. Dans ce cas, l’effet de l’investissement sera sous-estimé. Pour contourner cette difficulté et estimer un effet sans biais des infrastructures de transport sur la croissance locale, les chercheurs s’appuient sur le tracé des anciennes voies romaines et des chemins de fer en 1870 pour expliquer la localisation des infrastructures de transport actuelles de façon indépendante des conditions économiques actuelles. Grâce à cette technique dite des variables instrumentales, les auteurs de l’article mettent en évidence le rôle prépondérant du RER (par rapport aux autres réseaux de trains en Ile de France et aux grands axes routiers) sur la croissance de l’emploi et de la population des communes franciliennes. Ils estiment que si une station de RER était implantée un kilomètre plus proche du centre d’une commune, celle-ci verrait la croissance de sa population augmenter de 1% et la croissance du nombre d’emploi de 2% en moyenne. Cet effet est particulièrement fort pour les communes situées à la périphérie d’un centre d’activité secondaire (hors Paris) : dans ce cas, réduire d’un kilomètre la distance à une station de RER augmente de 9% la croissance de la population et de 12% celle de l’emploi. De plus, l’effet sur la population apparaît beaucoup plus rapidement que celui sur l’emploi, suggérant que les individus sont attirés les premiers par les nouvelles infrastructures de transport, suivis dans un second temps par les entreprises.

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Titre original de l’article académique : « How does transportation shape intrametropolitan growth ? An answer from the Regional Express Rail », Miquel-Angel Garcia-Lopez, Camille Hémet et Elisabet Viladecans-Marsal,
Publié dans : Journal of Regional Science (à paraître)
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