Paris School of Economics - École d'Économie de Paris

La science économique au service de la société

Jusqu’à ce que la mort nous sépare ? L’économie des contrats de mariage « courts »

Stefania Marcassa et Grégory Ponthière

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Dès la fin du 18e siècle, Jeremy Bentham, le père de l’utilitarisme et du panoptique (1), s’interrogeait sur les possibles bénéfices sociaux de l’introduction de contrats de mariage « courts ». Contrairement aux contrats de mariage classiques, ces contrats ne reposeraient pas sur une durée égale, par défaut, à la durée de vie des époux, mais limiteraient les engagements des époux à une période d’une durée limitée. J. Bentham considérait qu’un contrat de mariage de ce type permettrait à des jeunes individus d’établir des relations affectives stables sans pour autant contracter un mariage classique, trop exigeant à une époque où le divorce n’était pas (encore) toléré. Près de deux siècles après ces études, le niveau sans précédent des taux de divorce soulève, à nouveau, la question de la désirabilité de contrats de mariage de type « court », mais dans un contexte bien différent.
Dans cet article, Stefania Marcassa et Grégory Ponthière étudient la désirabilité de ces contrats par rapport aux contrats classiques dans une société où le divorce est toléré - mais coûteux. Les auteurs formalisent un modèle dit de « ménage à décision collective » - le choix des individus (temps de travail, loisir…) dépend des décisions prises par l’unité collective - couvrant deux périodes, l’âge jeune et l’âge adulte. Puis ils démontrent que, sous un large intervalle d’hypothèses quant à la technologie de production du ménage (2) et quant aux préférences individuelles, des contrats de mariage de type « court », s’ils étaient disponibles, domineraient non seulement le célibat, mais, également, les contrats de mariage classiques. Grâce à leur plus grande flexibilité – une sortie du mariage possible sans coût à une date donnée, avec possibilité de renouvellement – les contrats de mariage de ce type, une fois introduits, pourraient remplacer, en partie, les contrats classiques qui sont généralement rompus à l’issue d’un divorce coûteux.
(1) Modèle architectural proposé par Bentham pour structurer les prisons, entreprises, écoles, hôpitaux, de façon à s’assurer d’une conduite « appropriée » de leurs membres par la simple croyance d’être observé.
(2) Il s’agit d’une fonction mathématique qui transforme certains « input » comme le temps ou/et le capital physique disponible (ex. électroménagers) en « output » ou biens - comme les activités domestiques - qui sont produits hors marché.
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Titre original de l’article académique : “Until Death Do Us Part ? : The Economics of Short-Term Marriage Contracts”
Publié dans : Population Review SDP, Volume 53, Number 1, 2014
Téléchargement : http://muse.jhu.edu/journals/population_review/v053/53.1.marcassa.html
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