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Election présidentielle : des citoyens plutôt favorables à un autre mode de scrutin

Lien court vers cet article : http://bit.ly/1QhjAA2

André Blais, Jean-François Laslier, François Poinas et Karine Van der Straeten

Que pensent les citoyens des institutions politiques ? S’il est facile de recueillir leurs jugements sur le rôle des élus, le bilan d’un gouvernement, ou l’efficacité de l’administration, comprendre la façon dont ils évaluent ces institutions est plus délicat. Pourtant, cette question est importante : les citoyens peuvent être consultés sur des changements institutionnels (1) mais surtout, leurs préférences personnelles illustrent leur conception de la citoyenneté et/ou de la démocratie.

Dans cet article, André Blais, Jean-François Laslier, François Poinas et Karine Van der Straeten utilisent des données recueillies via www.voteaupluriel.org au moment de l’élection présidentielle française de 2012. Quatre modes de scrutin présidentiels y sont décrits : le système français à deux tours, le système à un seul tour, le vote alternatif (l’électeur classe tous les candidats, puis on élimine séquentiellement les candidats les moins souvent classés en tête jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un) et le vote par approbation (l’électeur approuve ou non chaque candidat, le candidat le plus souvent approuvé est élu). Le site invite les participants à voter eux-mêmes suivant ces diverses modalités, puis un court questionnaire socio-démographique et d’opinion complète l’enquête. D’après ces données, le vote alternatif est préféré par 41% des participants, le vote par approbation par 27%, le système à deux tours par 24% et le système à un tour par 8%.

Une analyse plus fine fait ressortir trois faits. Premièrement, suivant une simple logique de résultat, les participants tendent à préférer les modes de scrutin les plus favorables à leur candidat favori (préférence dite « instrumentale » et « auto-centrée »). Ainsi, les participants dont le candidat favori est l’un des deux principaux ont 20% plus de chance que les autres de préférer le système à deux tours. Un second effet, plus faible que le premier, mais cependant réel, est le rejet du système à deux tours par les participants qui déclarent un vote non-sincère au premier tour de l’élection. Certaines personnes expriment ainsi leur insatisfaction de devoir voter « utile », ne pouvant ainsi exprimer leur opinion réelle dans ce système. Le troisième déterminant des préférences est de nature idéologique. On observe que les électeurs de droite, par comparaison aux autres, sont relativement plus attirés par les systèmes uni-nominaux, à un ou deux tours, dans lesquels l’électeur « donne sa voix » à un seul candidat, que par les systèmes (vote alternatif, vote par approbation) dans lesquels l’électeur s’exprime sur tous les candidats. Qu’est-ce-que voter : donner sa voix ou évaluer des candidats ? La réponse n’est pas la même pour tout le monde.

(1) Sur les 25 dernières années 20 référendums sur des réformes électorales ont eu lieu à travers le monde

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Titre original de l’article académique : “Citizens’ Preferences about Voting Rules : Self-Interest, Ideology, and Sincerity”
A paraître dans : Public Choice
Accès en ligne : https://sites.google.com/site/jflaslierhomepage/Home/JFL-Research
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