Paris School of Economics - École d'Économie de Paris

La science économique au service de la société

Les inégalités de revenus en Grande-Bretagne : le coefficient de Gini, 1978 - 2009

Mike Brewer (Essex University, IFS) et Liam Wren-Lewis (PSE, INRA)

Lien court vers cet article : http://bit.ly/2bLDN4R

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Ce graphique illustre la façon dont deux types d’inégalités ont évolué en Grande Bretagne. De 1978 à 1991, les inégalités de revenus* entre les ménages (courbe bleue) ont augmenté : en passant d’un coefficient de Gini** de 0,23, se situant alors dans la moyenne des pays développés, à un coefficient de Gini de plus de 0,3, la Grande Bretagne s’est hissée parmi les pays les plus inégaux de l’OCDE. Depuis 1991, ce coefficient s’est stabilisé autour de 0,3. Par ailleurs, les inégalités de salaires entre individus (travailleurs à temps plein) ont également augmenté, de façon assez constante, au cours de la période (courbe verte). Comment peut-on expliquer la différence entre ces tendances ?

Mike Brewer et Liam Wren-Lewis ont spécifiquement étudié la question suivante : « Pourquoi les inégalités de revenus au Royaume-Uni ont-elles augmenté très rapidement pour se stabiliser ensuite ? » (courbe bleue). Ils ont confronté deux hypothèses principales : les facteurs qui ont conduit à la hausse des inégalités de revenu entre 1978 et 1991 étaient-ils spécifiques à cette période ? Ou les facteurs qui ont poussé les inégalités à la hausse avant 1991 ont-ils persisté en étant contrebalancés par d’autres facteurs baissiers ? Pour répondre à ces questions, ils ont constitué des bases de données annuelles comparables, comprenant notamment des chiffres détaillés sur les revenus et des éléments propres aux ménages étudiés (1978 - 2008/09) ; ils ont également pu utiliser trois techniques différentes de décomposition statistique.

Avant 1991, les inégalités de revenus des salariés et des autoentrepreneurs ont augmenté progressivement (entre actifs). Par ailleurs, une augmentation des inégalités face au chômage et dans les investissements, combinée à des allègements fiscaux et une baisse des bénéfices, ont influencé à la hausse les inégalités de revenus entre les ménages. A partir de 1991, les inégalités de revenus des salariés et des autoentrepreneurs ont continué de croître, mais plusieurs facteurs ont modéré l’impact de ces changements sur les inégalités de revenus totaux. Premièrement, les inégalités entre les individus ayant différents statuts (temps pleins, chômeurs…) ont chuté, et ce grâce à la baisse du nombre de chômeurs. Deuxièmement, à partir de 1991, la fiscalité du travail a davantage contribué à limiter l’augmentation des inégalités de revenus que durant la période précédente. Troisièmement, les revenus d’investissement ont moins contribué à l’aggravation des inégalités de revenus dans leur ensemble depuis 1991, en grande partie en raison de la baisse de leur importance en tant que source de revenu. Enfin, une augmentation des revenus relatifs des retraités et des ménages comprenant des enfants de moins de cinq ans - deux groupes qui ont bénéficié de réformes des prestations sociales et des crédits d’impôt au cours des années 1990 et (surtout) des années 2000 - a tiré vers le bas les inégalités. Globalement, lorsque l’on s’intéresse aux inégalités de revenus, ces quatre facteurs ont presque entièrement compensé, depuis 1991, l’impact haussier dû aux changements dans la distribution des revenus salariaux et auto-entreprenariaux.

En allant plus loin, un point inquiétant est que deux de ces quatre facteurs ne continueraient probablement pas à faire diminuer les inégalités après 2008-2009. En effet, le chômage a rapidement augmenté depuis 2008 et ne repassera probablement pas sous son taux plancher des années 2000. Dans le même temps, les dernières réformes relatives aux retraites pourraient augmenter les inégalités de revenus. Ainsi, les variations post 2009 des inégalités de revenus nets sont susceptibles de devenir des éléments centraux dans l’évolution des inégalités de revenus.

* Les revenus étudiés incluent les salaires, les revenus des autoentrepreneurs, les revenus du capital et les taxes et transferts sociaux
** Le coefficient de Gini est l’indicateur le plus couramment utilisée pour mesurer les inégalités, il est compris entre 0 et 1


Sources