Paris School of Economics - École d'Économie de Paris

La science économique au service de la société

n°10 - La lettre PSE - juin 2012

EDITO de Sylvie Lambert
INVITEE - Rachel Kranton, identités sociales et réseaux
PARCOURS - Quentin Roquigny, un alumni qui vous veut du bien
DEBAT, Eleni Iliopulos et Xavier Ragot - Quel avenir pour la Grèce ?
FOCUS - Le stage des masteriens PPD
PARTENAIRE - Cepremap



EDITO Sylvie Lambert, Pauvreté en Afrique : mieux la mesurer pour mieux la combattre


La mesure de la pauvreté repose généralement sur des données obtenues grâce à des enquêtes auprès des ménages. Le ménage est interrogé sur l’ensemble de ses dépenses de consommation, qui rapportées au nombre d’individus donnent la consommation par tête. Cette mesure est comparée à une ligne de pauvreté, ce qui permet d’en déduire le statut de pauvre ou non-pauvre de chacun. Ce type d’approche fait l’hypothèse que les ressources disponibles pour le ménage sont équitablement partagées entre tous les membres. De ce fait, soit tous les membres du ménage sont pauvres, soit aucun ne l’est.
Cette hypothèse d’un partage égal ou équitable des ressources au sein du ménage est probablement une approximation acceptable de la réalité quand on a affaire à des ménages nucléaires. Dans de nombreux pays d’Afrique sub-saharienne cependant, les ménages ont une structure plus complexe. Il s’agit souvent de ménages étendus, au sein desquels cohabitent plusieurs noyaux familiaux : plusieurs hommes mariés et/ou plusieurs femmes avec enfants partagent le logement, certains repas, mais pas toutes les dépenses. Cette organisation peut aboutir à d’assez grandes disparités de consommation au sein du ménage. L’inégalité intra-familiale de la consommation qui peut en résulter n’est généralement pas observée car la collecte de données de consommation à un niveau infra-ménage est très rare.
Dans l’enquête Pauvreté et Structure Familiale que nous avons menée au Sénégal(1), nous mesurons la consommation au niveau des différents noyaux et non pas du ménage. Cela nous permet de mettre en évidence que, si les dépenses de consommation alimentaires sont également réparties entre les noyaux, les dépenses non-alimentaires peuvent quant à elles connaître des écarts importants entre noyaux d’un même ménage (avec un rapport maximal de 1 à 7 entre le noyau le plus riche et le plus pauvre d’un ménage). De ce fait, des individus pauvres et non-pauvres cohabitent au sein d’un même ménage. Des individus pauvres qui résident dans un ménage « non-pauvre » sont alors ignorés dans les statistiques de pauvreté. L’enquête PSF révèle qu’environ 11 % des ménages non-pauvres contiennent au moins un individu pauvre et, vice-versa, environ 10 % des ménages pauvres contiennent des personnes non pauvres.
Il en résulte qu’un ciblage des politiques distributives basées sur des mesures de consommation agrégées au niveau du ménage ratera sa cible dans une proportion non négligeable de cas. De plus, si le chiffre global de pauvreté reste à peu près correct, cette mesure agrégée conduit également à sous-estimer le taux de pauvreté de certaines catégories de la population. Par exemple, selon la ligne de pauvreté retenue, on « rate » 7 à 14 % des pauvres de moins de 15 ans quand on ignore les problèmes d’allocation des ressources au sein des ménages. En effet, les noyaux les plus pauvres des ménages contiennent souvent de nombreux enfants. Corrélativement, le taux de pauvreté des hommes adultes est sur-estimé.
Mieux comprendre la pauvreté permet de mieux la combattre : l’instrument d’enquête développé pour PSF, permet de mesurer la consommation à un niveau désagrégé, améliorant ainsi notre connaissance de la pauvreté. La deuxième vague de cette enquête qui se terminera lors de l’été 2012 permettra de progresser encore, grâce à l’analyse des déterminants de la dynamique de la pauvreté.
(1) Cette enquête couvre l’ensemble du pays et inclue environ 2000 ménages. Elle est décrite en détail dans l’article de Philippe DeVreyer, Sylvie Lambert, Abla Safir et Momar Sylla (2008), Pauvreté et Structure Familiale : Pourquoi une nouvelle enquête ?, Statéco, n°102


INVITEE - Rachel Kranton, Identités sociales et réseaux


Quelles sont les lignes directrices de votre travail ?
Mon premier axe de recherche est l’économie des réseaux : comment les réseaux et relations sociales impactent-ils les variables économiques telles que les prix des biens ou leur qualité ? Prenons l’exemple d’une industrie où les usines ont des relations de long terme avec leurs fournisseurs, un fournisseur n’approvisionnant qu’une seule usine – ce qui nous éloigne fortement d’un marché parfait : comment l’économie de base (les prix, les profits) va-t-elle être affectée par ces relations et, en conséquence, comment les acteurs vont-ils investir dans ces réseaux ? Un autre exemple est celui du marché du travail : un réseau peut faciliter mobilité et promotion, ces bénéfices pouvant expliquer nombre d’interactions. J’appuie mes conclusions sur des données américaines et de pays en voie de développement, où l’économie informelle et les entreprises familiales sont très présentes.
Mon deuxième axe est l’identité sociale, où j’essaie de bousculer les approches. Les choix individuels ne s’expliquent pas par les goûts et préférences : mes recherches tendent à indiquer que les individus, face à des décisions, suivent moins ce qu’ils veulent faire que ce qu’ils doivent faire. Des normes prescrivent ce qui est convenable (ou non) et celles-ci diffèrent d’un groupe social à l’autre. Mais elles ne sont pas figées car des individus et des groupes de pression les font fluctuer. L’exemple le plus évident concerne les femmes : ce qui est « convenable » pour une femme de nos jours était loin de l’être il y a moins d’un siècle. Pour comprendre la révolution que fût leur entrée sur le marché du travail au XXe siècle, il faut analyser les normes sociales qui ont alors à la fois modelé et été modelées par ce changement. Mais quels facteurs créent et modèlent ces identités sociales ?
Les pistes sont très nombreuses, et j’étudie, par exemple, l’intégration des enfants d’immigrés en ajoutant aux critères d’apprentissage (lecture, calcul…) l’idée que l’éducation consiste aussi à se définir comme faisant partie intégrante de la société. Ma démarche est d’abord théorique, et j’essaie ensuite d’appliquer ces concepts, qui suggèrent, je crois, des changements radicaux de perspectives.

Que vous a apporté votre collaboration avec PSE ?
Mon séjour ici a vraiment été une expérience formidable ; les chercheurs côtoyés m’ont donné de nouvelles perspectives critiques et de nouveaux horizons, notamment sur des mises en oeuvre concrètes de mes recherches. Des échanges avec certains étudiants m’ont également fait réfléchir sur la manière dont on mesure l’identité.
J’ai aussi pu avancer considérablement sur l’étude des réseaux. J’appartiens à un groupe où démarre un projet sur la transmission d’information « non mécanique », c’est à dire relevant d’une décision active des individus à échanger des expériences, des données… mais également des rumeurs.

Quels sont vos projets pour les mois à venir ?
Je quitte Paris en juillet pour rentrer à Duke University. Je vais continuer à développer mes recherches sur mes axes principaux, et m’intéresse à un projet à la frontière entre l’informatique et l’économie. Des expériences en laboratoire sur l’identité vont également m’occuper : nous observerons des étudiants afin de comprendre les processus de décisions à l’oeuvre, notamment dans l’interaction avec d’autres personnes faisant partie ou non du groupe auquel ils appartiennent. Passionnant !


PARCOURS - Quentin Roquigny, un alumni qui vous veut du bien

Est-ce dû à ses années passées entre 2006 et 2009 à l’École Nationale des Ponts et Chaussées, à l’influence de cette culture de corps si caractéristique des ingénieurs ? Quentin Roquigny a en tout cas une conviction profonde : il est important pour un établissement d’enseignement supérieur d’entretenir un réseau structuré des étudiants passés en ses murs. Important pour les étudiants eux-mêmes, qui y trouvent entraide, conseils et possibilités de recrutement ; important pour l’image et la notoriété de l’établissement.
Aussi est-ce fort logiquement que, fin 2010, à l’issue de son Master Politiques publiques et Développement (PPD), Quentin a créé avec quelques autres enthousiastes l’Association des Anciens Élèves de PSE, dont il est le président. Économiste et ingénieur, Quentin l’est aussi dans son activité professionnelle. Dès l’été 2008, ce natif de Puyricard (Bouches-du-Rhônes) prend la direction d’un Sud bien plus lointain : il travaille un an au Bénin pour la Banque mondiale, sur l’évaluation de projets de développement.
Conscient de la nécessité de renforcer ses compétences en économie, il décide à son retour de se joindre à la première promotion du Master PPD, tout juste lancé par PSE. Pari gagnant ! Par-delà l’intérêt intrinsèque de la formation, cela lui permet d’être recruté par le Ministère de l’Économie, des Finances et du Commerce extérieur, pour occuper un poste d’Adjoint au Chef de Bureau à la prestigieuse Direction générale du Trésor. Quentin se retrouve en charge du secteur des transports routiers, aériens et maritimes au sein du bureau « économie des réseaux ». Il y analyse les décisions d’investissement (faut-il construire un nouvel aéroport ? agrandir un port existant ?) et les questions réglementaires (comme celles relatives à la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques ou au mode d’allocation des créneaux horaires aéroportuaires).
Gageons que Quentin, à l’avenir, continuera sur cette voie si en adéquation avec sa double formation, que ce soit sur la thématique de l’économie des infrastructures ou en s’intéressant plus au financement des projets. Ce qui est sûr, c’est qu’il restera un membre actif du réseau des anciens de PSE… que vous pouvez retrouver sur le web : http://pse-alumni.org


DEBAT, Eleni Iliopulos et Xavier Ragot - Quel avenir pour la Grèce ?

Eleni Iliopulos : Membre associée à PSE, maître de conférence à l’Université Paris 1
Greexit or not Greexit ?
Les résultats des dernières élections législatives grecques du 17 juin 2012 constituent une nouvelle importante dans la longue errance des dirigeants et de la population. Elle n’est cependant pas un point final : la présence de la Grèce à moyen terme dans l’UE dépendra de la capacité des responsables politiques à se coordonner et à proposer une alternative crédible à la crise actuelle. Pour un économiste, le « cas Grec » trouverait sa place dans un ouvrage académique présentant un modèle d’équilibres multiples dit de Nash, à complémentarités stratégiques. En pratique, cela veut tout simplement dire que les deux scénarios sont probables : un « équilibre » de sortie, ou un « équilibre » de permanence.
L’un ou l’autre se réaliserait en fonction de la capacité des agents à se coordonner. Mais leurs implications sont radicalement opposées, et l’étude de ce modèle révèle le caractère optimal d’une coordination accrue ou dit autrement : des stratégies individuelles dominantes diminueraient mécaniquement le bénéfice global. Si les dirigeants européens ne présentent pas aux investisseurs une feuille de route durable et crédible pour lutter contre la crise actuelle, la Grèce peut se voir écartée de l’UE. Mais personne ne peut en simuler les pertes totales réelles, tant pour la Grèce que pour le reste du monde. Les crises financières précédentes et leur propagation nous ont appris au moins une chose : un facteur imprévisible émerge toujours, et avec lui son lot d’effets collatéraux de premier ordre.
Cela vaut-il la peine de prendre le risque ? Les dernières études pointent le niveau très faible de nombreux indicateurs économiques en Grèce, avec ou sans sortie de l’Euro(1). Cela étant, je reste convaincue des conséquences dramatiques d’un scénario de sortie. En effet, la dévaluation monétaire qui en résulterait n’aiderait pas une économie ayant exporté ces dernières années l’équivalent de 5 à 10 % de son PIB, et qui est extrêmement dépendante des importations. Une économie dont les salaires du secteur privé sont au plus bas, et où le développement industriel est freiné(2) par un manque d’infrastructure et des qualités géographiques moyennes(3). Une économie, enfin, où le transport maritime constitue (avec le tourisme) sa première ressource – les armateurs grecs sont à la tête de la première flotte marchande mondiale, secteur qui ne bénéficierait pas de retombées positives significatives en cas de dévaluation.
Ainsi, si le scenario de sortie se produit, l’émergence d’incertitudes doublées d’un éventuel défaut ne serait pas sans rappeler le « péché originel » des économies sud-américaines dans les années 80-90, rendant la Grèce particulièrement peu attractive pour de potentiels fonds internationaux. Enfin, si la Grèce quitte l’Europe, cette dernière aura les plus grandes difficultés à convaincre les investisseurs que l’Euro est une monnaie solide, et que ce pays était le seul mouton noir à écarter, d’autant que l’incapacité des européens à tenir leurs objectifs entraîne d’inquiétants développements sur les marchés obligataires pour l’Espagne et l’Italie. Tout ceci laisse supposer que l’Euro joue actuellement son avenir.
Le second scénario est celui où les européens parlent d’une seule voix, énonçant ce qui aurait pu être décidé dès les prémices de la crise grecque, lorsque sa dette nationale n’était pas encore stratégique mais bien mineure au regard du poids économique de la zone euro. Plusieurs propositions sont sur la table. La plupart défend la mise en place d’une nouvelle mission pour la Banque Centrale Européenne, à savoir être capable d’agir en prêteur en dernier ressort au sein d’une union bancaire. La Commission devra débattre prochainement sur ce point. Mais les marchés sont bien moins patients que ce qu’imposent les procédures institutionnelles. Nos dirigeants sauront-ils se coordonner suffisamment vite ?
(1) Mais les hypothèses d’interventions fermes, portant notamment sur des investissements, modifient ce statu quo. (2) Constat renforcé par une corruption très présente, la Grèce arrive en tête du classement européen de Transparency Int. http://cpi.transparency.org/cpi2011/results/ (3) La moitié des Grecs vit à Athènes, mais l’autre moitié est très éparpillée sur des terres dont l’absence d’eau constitue un problème central (certaines îles se font ravitailler par bateau…).
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Xavier Ragot : Membre associé à PSE
Charybde sans Scylla…au mieux
La situation de la Grèce est insoutenable, dans presque tous les sens du terme. Même après le versement des aides internationales, la dynamique de la dette grecque est divergente. Les salaires réels ont baissé considérablement, essentiellement pour les classes moyennes et les populations les plus pauvres. Cette politique fortement récessive a entrainé une telle contraction du PIB que la baisse des dépenses ne suffit pas à réduire le déficit public. La contraction de l’emploi et du PIB, c’est-à-dire de la richesse, est de 8 % par an. En parallèle, la réduction des recettes fiscales accroit le déficit qui atteint 9 % du PIB. Cet effritement des recettes s’explique notamment par l’évasion fiscale qui représente selon les estimations grecques de 12 à 15 % du PIB, évasion fiscale qui concerne de facto la population la plus aisée dont une partie de la richesse se trouve en Suisse. Décidément, la rigueur ne porte pas sur les bonnes personnes.
Selon les estimations de Natixis, si la Grèce refusait de payer sa dette, le déficit public atteindrait les 3 % du PIB et le déficit de la balance courante (qui est l’endettement de la Grèce auprès du reste du monde) serait de 3,5 %. Ce défaut total sur la dette grecque contribuerait certes à rendre la situation plus soutenable, mais il ne ramènerait pas encore la Grèce à l’équilibre. Un défaut complet, plus une perspective de reprise de la croissance (probablement par des investissements extérieurs) permettraient plus certainement de rétablir la situation. Mais ces deux conditions mettent en oeuvre des mécanismes et comportements antagonistes.
La solution à la crise grecque ne peut donc être qu’un défaut substantiel. Est-ce une merveilleuse idée ? Probablement pas. Le défaut de la Grèce revient à faire payer d’autres acteurs, principalement les États et la Banque Centrale Européenne. Pour le dire rapidement, l’impossibilité de faire payer les ménages grecs les plus riches conduit à taxer les ménages d’autres pays… qui ont le bon goût d’honorer leurs impôts. Le défaut de la Grèce reviendrait à faire payer 360 Mds d’euros au reste de l’Europe. Encore une fois, il semble ne pas y avoir d’autre issue.
La sortie de la zone euro peut-elle être une partie de la solution pour la Grèce ? Le gain essentiel d’une sortie de la zone euro est de rendre les produits grecs moins chers, ce qui stimule les exportations. Le problème est que les exportations sont faibles, de l’ordre de 16 Mds d’euros alors que les importations avoisinent les 45 Mds d’euros. Une dévaluation de la monnaie grecque n’aurait qu’un effet d’appauvrissement durable de la population. Quel serait le coût pour l’Europe d’une sortie de la Grèce (en plus d’un défaut) ? L’Europe verrait une partie de ses exportations vers la Grèce ralentir, mais surtout le risque d’explosion de la zone euro affecterait le coût de financement d’autres pays, dont l’Espagne. Le coût économique de cette contagion est très difficile à estimer. Il pourrait être l’équivalent du montant de la dette, au minimum, et risquerait d’enclencher une désintégration de la zone euro par son effet domino.
Ainsi, il semble certain qu’il faudrait mieux un défaut de la Grèce dans la zone euro qu’une sortie de la Grèce accompagnée d’un défaut. Cependant, cette option semble difficile du fait de l’engagement de la BCE notamment dans le soutien à la Grèce. Il n’y a donc pas de choix, sinon d’organiser un défaut partiel rendant la situation soutenable tout en aidant la Grèce à mettre en place un système fiscal efficace et une base exportatrice. Mais que veut dire aider la Grèce, quand les grecs eux-mêmes reconnaissent la faillite de la classe politique, ce qui est au fond une grande partie du problème ? Ce n’est plus de l’économie mais de la politique et de la diplomatie. Il en faudra aussi probablement pour convaincre les populations des autres pays d’accepter la moins douloureuse des solutions.


FOCUS, Le stage des masteriens PPD


Dès sa création en 2007, le master Politiques Publiques et Développement intégrait un stage obligatoire d’une durée de 3 à 4 mois, entre les années de M1 et de M2. L’objectif est simple : après une première année principalement dédiée aux enseignements académiques et conceptuels, le stage permet une transition vers la seconde année qui se compose de cours appliqués « à la carte » et d’un mémoire final.
Ainsi, chaque année, les étudiants de PPD partent aux quatre coins du monde : Beijing, Ankara, Santiago, Addis Abeba, Chennai… Ils sont accueillis dans des institutions nationales ou internationales sur des postes très opérationnels, conjuguant souvent, comme pour Simon Rabaté à la Direction générale du Trésor à Paris lors de l’été 2011, « des dossiers de long terme et des travaux plus urgents […] donnant un premier aperçu essentiel du fonctionnement de l’administration économique française » ; Pauline Gonthier, également stagiaire au Trésor, développe : « Dans une ambiance vraiment détendue et au sein d’une équipe jeune, j’ai pris conscience que la frontière entre recherche et action publique pouvait être ténue. Les administrateurs mènent des travaux de recherche tout en fournissant des notes et réponses plus politiques à l’attention des cabinets ministériels ». A Vientiane, capitale du Laos, Florian Le Bris détaille la relation qu’entretient la Banque Mondiale avec les pouvoirs publics : « J’ai travaillé sur le commerce international et ses implications pour le secteur privé […] Les relations avec les autorités locales sont complexes, notamment pour obtenir des données fiables et complètes, mais les équipes formalisent de précieuses recommandations sur les politiques de santé, d’éducation etc. en pensant quotidiennement à l’impact que leurs recherches peuvent avoir sur la population locale ».
Une implication des chercheurs dans la société civile poussée encore plus loin par Marlon Seror au Maroc : « IPA (Innovations for Poverty Action) a recruté une douzaine d’enquêteurs pour parcourir des villages, dans le monde entier, afin d’interroger les gens sur les procédés informels d’épargne. Chaque jour, je rencontrais trois ou quatre chefs de famille et leur administrais un questionnaire détaillé […] et j’ai même rencontré un exorciste berbère ! ». Même enquête, et même enthousiasme pour Nassima Abdelghafour au Rwanda « Le thème de l’enquête s’est révélé passionnant, transversal et m’a permis d’aborder avec les enquêtés de nombreux aspects de la vie au Rwanda dans trois régions très différentes : à Kigali, la capitale, à Gisenyi, une petite ville à la frontière congolaise et à Nyarubaka, une zone rurale très pauvre ».
A Paris, à l’OCDE, Alejandro Del Valle Suarez et Liviu Stirbat retiennent les compétences qu’ils ont dû mettre en oeuvre, mais surtout développer rapidement. Alejandro a dû « repenser pour partie la façon de mener des recherches, mais aussi de les traduire concrètement en recommandations dans des délais très courts », et Liviu a vu ses « compétences en économétrie franchir plusieurs crans, à force de travail et grâce aux conseils des autres chercheurs […] donnant à ce stage une valeur centrale dans le master ». Et de conclure « toute cette théorie abordée en M1 est devenue vraiment limpide à l’épreuve des faits » !

QUELQUES EXEMPLES D’INSTITUTIONS D’ACCUEIL :
NATIONALES :
INSEE, DGTPE, Musée du Louvre, Consulats, Ministères (Développement Durable…), DARES…
INTERNATIONALES :
OCDE, UNDP, World Bank, ISS, J-PAL, Secours Catholique, AFD, African Union Com., AMF


PARTENAIRE, Le Cepremap


Créé en 1967 par la fusion du CEPREL et du CERMAP, le Centre pour la recherche économique et ses applications (CEPREMAP – intitulé datant de 2005) est une association dont les membres sont le CNRS, l’ENS et les principales administrations économiques françaises. Présidé par Jean-Pierre Jouyet, dirigé par Daniel Cohen et Philippe Askenazy en qualité de directeur adjoint, le CEPREMAP assure une interface entre le monde académique et les administrations économiques. Il est à la fois une agence de valorisation de la recherche économique auprès des décideurs, et une agence de financement de projets. Les enjeux pour la décision publique reconnus comme prioritaires sont déterminés en collaboration avec ses partenaires institutionnels (Banque de France, CAS, le Trésor, INSEE, AFD, CAE, DARES, DRAST, DREES, Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche).
Une centaine de chercheurs de diverses institutions françaises et étrangères – dont un contingent important issu de PSE – participe à son activité, organisée en cinq programmes thématiques : Politique macroéconomique en économie ouverte, Travail et emploi, Économie publique et redistribution, Marchés, firmes et politique de la concurrence et Commerce international et développement. Le CEPREMAP (co-)finance de grands projets de recherche tels Dynare, projet de modélisation macro-économique (http://www.dynare.org/) ou MonFisPol, soutenu par la Commission Européenne et relatif à l’analyse de la politique monétaire et fiscale dans la zone euro (http://www.monfispol.eu/).
Il assure la rédaction et la diffusion des Opuscules CEPREMAP, cinq fois par an, collection en français destinée à rendre accessible une question précise de politique économique en collaboration avec les Editions rue d’Ulm ; ainsi en 2012 : Faut-il abolir le cumul des mandats ? (L. Bach), L’économie politique du néolibéralisme – Le cas de la France et de l’Italie (B. Amable, E. Guillaud et S. Palombarini) et Les banques centrales dans la tempête – Pour un nouveau mandat de stabilité financière (X. Ragot). Les résultats de certaines recherches financées par le CEPREMAP sont publiés en partenariat avec Oxford University Press – en lien avec le CEPR et PSE. Le premier ouvrage paru concerne les pôles de compétitivité : The Economics of Clusters. Lessons from the French Experience (G. Duranton, P. Martin, T. Mayer et F. Mayneris) ; le second, prévu pour septembre 2012, est une étude sur l’intégration des immigrés : The Cultural Integration of Immigrants in Europe (Y. Algan, A. Bisin, A. Manning et T. Verdier). Trois autres ouvrages sont actuellement en préparation. Ses différentes activités éditoriales et de recherche sont ponctuées d’évènements (séminaires, débats…) présentant les avancées et conclusions. Par ailleurs, dans le cadre de ses missions, le CEPREMAP subventionne le master PPD de la fondation pour offrir aux élèves une série de conférences d’économistes seniors issus d’administrations françaises ou internationales.
En savoir plus : www.cepremap.ens.fr