n°15 - La lettre PSE - octobre 2013

EDITO de Gaël Giraud
INVITE Pierre-Olivier Weill, dérivés et dérives
Prix et Distinctions 2013
PARCOURS Ioana Marinescu, une carrière à pleine vitesse
TRIBUNES Emploi : pourquoi les immigrés issus de pays à majorité musulmane sont-ils discriminés ? Nicolas Jacquemet / Marie-Anne Valfort
FOCUS - Les bourses de recherche ERC
PARTENAIRE - INED, l’Institut National d’Études Démographiques
RECRUTEMENT - 17 chercheurs rejoignent PSE


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EDITO Gaël Giraud, La Transition énergétique, clef de notre prospérité

Membre associé à PSE – Directeur de recherches CNRS, Professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

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Depuis janvier dernier, le Conseil national du débat sur la transition écologique (CNDTE), appuyé d’un groupe pluraliste d’une cinquantaine d’experts, travaille sur la manière de faire bifurquer notre société construite depuis les révolutions industrielles sur la consommation d’énergies fossiles vers une économie décarbonée. Une série de recommandations a été produite dans ce sens et rendue publique en juillet (1), dont plusieurs demandent à être affinées : les chiffrages macro-économiques des 4 scenarii à l’étude (dont les scenario Negawatt) doivent être testés et confirmés. Le nombre de créations d’emplois nettes, en particulier, est évidemment décisif. Mais l’intérêt de ces recommandations est déjà d’avoir rendu possible un certain nombre
de prises de conscience (2).
La première d’entre elles concerne la dépendance des économies industrialisées aux énergies fossiles, bien plus forte que ne le suggère le coût apparemment modeste de l’énergie dans le budget des pays. Ce dernier oscille en effet entre 5 et 10 % depuis le contre-choc pétrolier, dans la plupart des pays de l’OCDE. On pourrait en conclure que l’élasticité de la production d’une économie industrialisée à l’égard de l’énergie est faible (3). Il est vrai qu’à l’équilibre, cette élasticité devrait être égale à la part du coût de l’énergie dans le PIB. On est alors tenté d’en conclure qu’une altération de la consommation d’énergie induirait une modification modeste du PIB d’un pays industrialisé. De sorte que nous pourrions envisager avec sérénité la possibilité du plafonnement de notre approvisionnement physique en pétrole.

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Pourtant cet argument rassurant repose sur une hypothèse irréaliste : l’absence de contrainte technologique (indépendante de la fonction de production) intervenant dans la maximisation du profit des entreprises productrices de pétrole. A contrario, en présence de contraintes complémentaires, l’égalité qui unit l’élasticité PIB/énergie au ratio coût énergie/PIB est déformée par des « prix cachés » (shadow prices), lesquels rendent parfaitement compatible un coût de l’énergie faible avec une élasticité élevée (4). Or de telles contraintes sont légion, qu’elles soient d’ordre géologique ou géopolitique. Si l’on ajoute à cette remarque le fait que le prix courant d’un combustible aussi déterminant que le pétrole est fixé, non par la « loi de l’offre et de la demande », mais par un mécanisme proche de celui du LIBOR (5) – dont le caractère facilement manipulable est aujourd’hui avéré, on comprend qu’il est temps de réexaminer la dépendance à l’énergie des économies industrialisées.
L’économétrie des séries de consommation d’énergies primaires en volume (et non plus en prix) fait apparaître de manière robuste une élasticité comprise entre 0,3 et 0,7 selon les pays de l’OCDE et les périodes, et tournant en moyenne autour de 0,6 – bien supérieure, donc, au 0,08 souvent adopté dans les calibrations des modèles macro-économiques (6). Cette dépendance, demeurée invisible pendant de nombreuses années, pourrait bien être l’une des clefs d’explication de l’atonie de la croissance des pays industrialisés depuis trois décennies. Car, en dépit du contre-choc pétrolier, ni le bassin atlantique nord, ni le Japon n’ont retrouvé après les années 1980 le niveau de croissance de la consommation d’énergies fossiles par habitant qui prévalait avant les deux premiers chocs pétroliers. Et si le « progrès technique », tant vanté comme moteur de la croissance, dissimulait, pour une large part, l’augmentation (devenue aujourd’hui impossible) de la consommation d’énergies fossiles par habitant ?
Cela signifierait qu’en l’absence de transition visant à libérer nos économies de leur dépendance à l’égard du carbone, compter sur le progrès technique pour ressusciter de la croissance dans un contexte où le pic du pétrole conventionnel a déjà été dépassé depuis 2006, est un pari audacieux. Il appartient au politique, aujourd’hui, d’en tirer la détermination nécessaire pour amorcer ce grand projet de société qu’est la transition énergétique. Les chantiers sont connus : rénovation thermique du bâtiment ; éco-mobilité ; « verdissement » de nos techniques industrielles et agricoles. Des solutions de financement existent, et ont été proposées par le CNDTE.
Qu’attendons-nous ?
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(1) Synthèse disponible sur le site du président du Comité des experts pour le débat : http://alaingrandjean.fr/
(2) Cf. Le Monde, 18 sept. 2013, http://www.gaelgiraud.net/wp- content/uploads/2013/04/le-monde-18-09-2013.pdf
(3) Blanchard, O. et J. Gali (2007) The Macroeconomic Effects of Oil Shocks : Why are the 2000s’ So Different from the 1970s’ ? NBER Working Paper No. 13368.
(4) Kümmel, R., J. Schmid, R. U. Ayres, et D. Lindenberger Cost Shares, Output Elasticities, and Substitutability Constraints, EWI Working Paper, No 08.02. cf. aussi Kumhof, M. et al. (2012) The Future of Oil : Geology versus Technology, IMF WP/12/109
(5) http://money.cnn.com/2013/05/17/news/economy/oil-price-libor/ index.html
(6) Abi Rafeh, R., G. Giraud et Z. Kahraman (2013) , How deeply does growth depend on energy ? A Reexamination of energy output elasticity, CES WP (forthcoming).


INVITE Pierre-Olivier Weill, Dérivés et dérives

Vous êtes arrivé début septembre à PSE pour une année entière…

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Pierre-Olivier Weill Oui, et ce sera une année très remplie j’en suis certain ! Je connais bien les chercheurs de PSE et j’ai de nombreux centres d’intérêts en commun avec eux. Un de mes axes de recherche, sur la communication des banques centrales, est dans la tradition des travaux de Christophe Chamley ; mes analyses des marchés au gré à gré sont proches de celles, récentes, effectuées par Gabrielle Demange. Dans le cadre de la Chaire Banque de France-PSE, j’ai également commencé à prendre des contacts avec des chercheurs de cette institution.

Pourriez-Vous nous en dire plus sur vos recherches en finance ? Vous travaillez notamment sur les produits dérivés ?
En effet, depuis plusieurs années, je travaille sur la modélisation des marchés de gré à gré, comme le marché des obligations ou le marché des dérivés de crédit dont on a beaucoup entendu parler pendant la crise. Avec mes co-auteurs, j’ai développé des analyses théoriques de la liquidité sur ces marchés, de différents mécanismes de formation des prix, ainsi que du rôle crucial des intermédiaires qui offrent de la liquidité sur les marchés financiers. Récemment, avec Andy Atkeson et Andrea Eisfeldt de UCLA, nous avons utilisé ces modèles pour étudier le marché des « credit default swaps » (CDS) : génèrent-ils trop de volume d’échange, par rapport à une situation d’optimum social ? Comment absorbent-ils les chocs négatifs tels que ceux que nous avons connus pendant la crise et, dans ce contexte, quelle est la place de la régulation ?

Un de vos thèmes de prédilection se situe dans le champ de la macroéconomie.
En macroéconomie j’ai travaillé sur le marché du logement, les politiques de communication des banques centrales et, récemment, sur une question plus empirique : comment mesurer l’importance des frictions financières au cours du cycle économique ? Il s’agit là d’un sujet auxquels les économistes s’intéressent classiquement et encore plus depuis la crise de 2008. En nous fondant sur des modèles de valorisation d’options, nous montrons qu’une bonne approximation de la santé financière d’une entreprise peut être effectuée par l’analyse de la volatilité de ses actions. En effet, quand une entreprise est très endettée et approche du défaut, de petites fluctuations de la valeur de son bilan sont amplifiées en de grandes fluctuations de la valeur de ses actions. L’avantage de notre approche est sa simplicité : il est très simple de mesurer l’inverse de la volatilité pour toutes les sociétés cotées. En regardant la distribution de cette mesure sur toutes les entreprises américaines, nous obtenons une vision macroéconomique de la santé financière des entreprises, depuis 1926 jusqu’à nos jours. Ces données montrent en particulier que la crise récente est toute aussi profonde que la grande dépression, et elles permettent une analyse critique de théories mises en avant pour l’expliquer.
Propos recueillis par Sylvain Riffé Stern


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PARCOURS - Ioana Marinescu, une carrière à pleine vitesse

S’il fallait ne retenir qu’un seul mot pour résumer le parcours de Ioana Marinescu, ce pourrait être : diversité. Multipliant les lieux de vie, les domaines d’étude et les activités, Ioana construit une carrière universitaire qui témoigne de centres d’intérêts variés.
Native de Bucarest, Ioana arrive en France à l’âge de huit ans. Elle y effectue des études brillantes : classe préparatoire au lycée Henri IV, puis Ecole normale supérieure en section B/L (lettres et sciences sociales). Là, pas question de se restreindre à une seule discipline : c’est à la fois l’économie et la philosophie que Ioana choisit d’étudier. En philosophie, la théorie de la justice attire son attention ; comme en miroir, elle s’intéresse pour son D.E.A. d’économie, effectué en 2001 au sein du master APE sous la direction de Thomas Piketty, à la régulation du marché du travail et à son impact en pratique.

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Privilégiant l’économie, Ioana se lance après son D.E.A. dans un doctorat, toujours à sous la direction de Thomas Piketty. Bénéficiant d’un partenariat entre l’ENS et la LSE, elle part à Londres poursuivre ses recherches sur le marché du travail. Puis, sous l’influence de Philippe Aghion, c’est aux Etats-Unis, et plus précisément à Harvard, qu’elle finit sa thèse en 2005, complétant ses analyses par une approche plus macro-économique des politiques budgétaires.
Après sa soutenance et une année de post-doctorat, elle se lance depuis les Etats-Unis sur le « job market » des économistes et trouve un poste à la Harris School of Public Policy de l’Université de Chicago, une structure interdisciplinaire travaillant sur les politiques publiques. Ioana y développe ses recherches dans trois directions : l’analyse du travail informel dans les pays en développement, en particulier en Amérique latine ; l’impact des coûts de licenciement sur le marché du travail en Europe ; et enfin le marché du travail sur Internet aux Etats-Unis. En poste pour trois ans encore à Chicago, Ioana n’exclut pas un nouveau changement une fois sa tenure obtenue. En attendant, ne comptez pas sur elle pour réduire ses activités ! Elle tient une chronique mensuelle dans Libération et répond à de nombreuses sollicitations médiatiques en Europe et aux Etats-Unis.
Par Ilf Bencheikh


TRIBUNES Emploi : pourquoi les immigrés issus de pays à majorité musulmane sont-ils discriminés ?

Nicolas Jacquemet, Membre affilié à PSE, professeur à l’Université de Lorraine
Marie-Anne Valfort, Membre associé à PSE, Maître de Conférences Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
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« Un mélange d’homéophilie ethnique... »

A cette question, l’étude réalisée récemment avec Anthony Edo (PSE) et Constantine Yannelis (Université de Stanford) avance plusieurs hypothèses (1). Nous montrons que tous les candidats dont les noms sont à consonance étrangère (aussi bien maghrébine, que d’une origine qui n’est pas clairement identifiée par les employeurs) subissent une inégalité de traitement d’ampleur comparable – 40 convocations à un entretien d’embauche pendant qu’un nom à consonance française en reçoit 100 sur la base du même CV.
Si ce résultat apparaît aussi bien pour les hommes que pour les femmes, la discrimination d’origine est assez différente suivant le genre : les hommes issus de l’immigration sont en moyenne plus discriminés que les femmes de même origine, ce qui suggère que les raisons qui sous-tendent cette inégalité de traitement sont différentes. Nous testons l’impact des croyances (vraies ou erronées) des employeurs sur les attentes vis-à-vis d’individus issus de l’immigration, en mesurant l’effet de l’ajout d’une compétence supplémentaire dans les candidatures attestant d’une bonne maîtrise de la langue française.

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Nos résultats confirment que cette dimension influence le succès des candidats fictifs sur lesquels repose l’étude : l’ajout de cette compétence élimine presqu’entièrement la discrimination d’origine pour les femmes. Pour les hommes, en revanche, l’effet est considérablement amoindri. Il convient de noter que pour les hommes comme pour les femmes, toutes les origines, aussi bien maghrébine qu’étrangère sans identification précise de l’origine, sont affectées dans les mêmes proportions par l’addition de cette compétence. Ce résultat suggère que les sources de la discrimination sont bien communes entre origines, et sont cohérentes avec l’existence d’une discrimination fondée sur l’entre soi s’exerçant à l’encontre de l’ensemble des candidats issus de l’immigration plutôt qu’à l’encontre de sous-groupes particuliers.
Une seconde conséquence importante de ce résultat est que les raisons sous-jacentes à la discrimination semblent très différentes entre hommes et femmes : si le degré de maîtrise de la langue apparaît comme un élément déterminant pour les candidates issues de l’immigration, les sources de la discrimination semblent se situer ailleurs pour les hommes. Cela conduit à envisager d’autres hypothèses sur les croyances des employeurs quant aux caractéristiques des hommes issus de l’immigration, qui pourraient par exemple être liées à leur attitude sociale – capacité à s’intégrer dans une équipe de travail ou à respecter l’autorité hiérarchique. L’implication dans la pratique religieuse, étudiée par Marie-Anne Valfort et ses co-auteurs, est une autre possibilité très convaincante.
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(1) Edo A., Jacquemet. N., Yannelis C. (2013). Language Skills and Homophilous Hiring Discrimination : Evidence from Gender- and Racially-Differentiated Applications. Document de travail du CES n° 13058 ; Edo A., Jacquemet. N. (2013). Discrimination d’origine et de genre à l’embauche et homéophilie ethnique : une évaluation par correspondance en France. Economie et Statistiques, à paraitre. Jacquemet N., Yannelis C. (2012) Indiscriminate Discrimination : A Correspondence Test for Ethnic Homophily in the Chicago Labor Market. Labour Economics, Vol. 19 (6), pp. 824-832.
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« ...et de discrimination en raison de la religion »

Les immigrés issus de pays à majorité musulmane sont fortement discriminés sur le marché du travail européen. En France par exemple, Duguet et al. (1) montrent, dans le cadre d’une expérience réalisée en 2010, qu’à CV équivalent, un Français d’origine maghrébine n’obtient que 25 convocations à un entretien d’embauche lorsqu’un Français d’origine française en reçoit 100. Pour Nicolas Jacquemet et ses coauteurs (2), cette discrimination reflète une tendance des recruteurs à favoriser les Français d’origine française par rapport à tout autre Français d’origine étrangère : « […] la question de la discrimination se pose bien plus en termes d’opposition entre le groupe majoritaire, « autochtone », et l’ensemble des individus issus de l’immigration, qu’en termes de difficultés spécifiques propres à certains groupes ».
Cette tendance des recruteurs est sans doute à l’œuvre, mais elle n’explique pas tout. Notamment, elle ne permet pas de comprendre pourquoi les Français issus de pays à majorité musulmane sont plus discriminés que des Français issus d’autres pays étrangers (européens, asiatiques… etc) (3). Quels facteurs influencent ces différences ? Avec C. Adida et D. Laitin, nous avons montré que l’affiliation religieuse (réelle ou supposée) explique une part importante de la discrimination à l’égard des immigrés issus de pays à majorité musulmane (4).

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A CV équivalent, un Français d’origine sénégalaise a deux fois moins de chances d’être convoqué à un entretien lorsqu’il est musulman plutôt que chrétien (5). Les conclusions présentées par A. Edo et N. Jacquemet (2) sont d’ailleurs cohérentes avec nos résultats. Ils ont comparé les taux de convocations à un entretien d’embauche de deux Français dotés des mêmes CVs : un Français dont l’origine est perçue comme étrangère par le recruteur, sans qu’une région d’origine particulière ne puisse lui être attribuée, et un Français d’origine maghrébine. Ils montrent que ces taux de convocations sont similaires. Ce résultat pourrait signifier qu’être perçu comme musulman est aussi pénalisant que d’incarner l’étranger total, celui dont l’origine étrangère ne fait pas de doute, sans qu’on soit capable de caractériser cette origine plus précisément.
Comprendre les mécanismes qui poussent les recruteurs à discriminer spécifiquement à l’égard des musulmans est l’objet de nos recherches actuelles (6). Nous espérons qu’elles aboutiront à des recommandations susceptibles d’améliorer la cohésion de la société française
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(1) Duguet, Emmanuel, Noam Léandri, Yannick L’Horty et Pascale Petit. 2010. “Are young French jobseekers of ethnic immigrant origin dicriminated against ? A controlled experiment in the Paris area.” Annals of Economics and Statistics 99-100 : 187-215.
(2) Edo, Anthony et Nicolas Jacquemet. 2013. “Discrimination d’origine et de genre à l’embauche et homéophilie ethnique : une évaluation par correspondance en France”. A paraître dans Economie et Statistiques.
(3) Voir notamment ISM-CORUM, 2008, Résultat du testing sollicité par le groupe CASINO
(4) Adida, Claire L., David D. Laitin et Marie-Anne Valfort. 2013. “Region of origin or religion ? Understanding why immigrants from Muslim-majority countries are discriminated against in Western Europe”. Document de travail.
(5) Adida, Claire L., David D. Laitin et Marie-Anne Valfort. 2010. “Identifying barriers to Muslim integration in France”. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America 107(52), 384-390.
(6) Pour un résumé de ces recherches, voir Adida, Claire L., David D. Laitin et Marie-Anne Valfort. 2014. Muslims in Christian-heritage societies : a social, economic and political challenge. Harvard University Press. (à paraître).


FOCUS - Les bourses de recherche ERC

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L’ERC, pour European Research Council, a été créé en 2007 sous l’égide de la Commission Européenne, afin « d’encourager une recherche de très haut niveau en Europe par un processus de sélection des lauréats fortement exigeant ». Sur les quelques 43 000 dossiers reçus en 6 ans, 3 860 lauréats ont convaincu les jurés en présentant des projets « visant l’excellence scientifique à la frontière de leur discipline ». Trois types de bourses sont délivrés chaque année à une poignée de chercheurs, notamment aux plus expérimentés d’entre eux (Advanced grants) : PSE compte ainsi parmi ses membres 4 lauréats ERC sur les 79 bourses accordées à la France par l’ERC dans le champ des sciences sociales.
Dès janvier 2009, Philippe Jehiel développe un projet sur la Théorie des Jeux et ses applications dans le cadre d’hypothèses de raisonnements cognitifs limités. Il revisite un certain nombre de thèmes classiques de la théorie économique (enchères, réputation…) en supposant que les acteurs ne disposent que d’une connaissance agrégée et donc grossière de la manière dont leur environnement agit. Originalité supplémentaire : de nombreuses expériences en laboratoire viennent étayer les résultats théoriques.
Depuis février 2012, Hippolyte d’Albis dirige des travaux sur l’intégration de variables démographiques dans les modèles macro-économiques. L’objectif est de construire des outils intégrant les dernières avancées théoriques pour quantifier les effets économiques des changements démographiques et en particulier du vieillissement de la population. Ce projet interdisciplinaire vise notamment à prendre en compte l’effet de l’incertitude démographique sur les comportements des agents et les décisions publiques.
En avril dernier, Thierry Verdier a initié l’étude des modèles dynamiques de populations où la transmission des préférences est le résultat de processus de socialisation d’agents économiques et d’influences extérieures associées au contexte socio-économique. Dans un premier temps, le projet vise à étudier théoriquement la modélisation des motivations de la transmission culturelle, la transmission de croyances et le contexte de cette transmission (géographie, espace et réseaux sociaux). La deuxième partie du projet a pour objectif l’application de ces modélisations à la résilience des comportements asociaux dans les communautés locales, et à la conception et la diffusion de la culture d’entreprise dans les organisations.
Enfin, Thomas Piketty vient d’être sélectionné par l’ERC pour son projet « The Distribution and Redistribution of Income and Wealth : A Global and Historical Perspective ». Depuis plus de 10 ans, les efforts combinés de dizaines de chercheurs ont vu naître la « World Top Incomes Database » (WTID) hébergée par PSE : base de données unique sur l’évolution historique des inégalités de revenus, elle a remis radicalement en cause les conclusions optimistes de Kuznets sur le lien entre développement et inégalités. L’ERC va prolonger ce travail pour transformer la WTID en une « World Wealth and Income Database » (WWID). Accessible à tous, elle portera à la fois sur les patrimoines et les revenus et a vocation à devenir une base de référence dans le débat public global sur la répartition mondiale des richesses et de son évolution


PARTENAIRE - INED, l’Institut National d’Études Démographiques

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L’Ined a pour mission de mener des recherches sur les différentes problématiques démographiques : fécondité, famille, vieillissement, santé, mortalité, migrations, genre, histoire, économie…Pluridisciplinaire, il assure également une large diffusion des travaux sur les questions de population et contribue à la formation à la recherche et par la recherche.
Sous la direction de Chantal Cases depuis 2009, l’INED emploie environ 200 personnes, dont 60 chercheurs titulaires, 110 techniciens ou ingénieurs, une quarantaine de doctorants, et autant de chercheurs associés. Il est organisé en 12 unités de recherche dont l’unité de démographie économique qui fédère des travaux à caractère théorique, appliqué et empirique, portant sur les interactions entre les deux disciplines, afin de répondre à deux préoccupations complémentaires : les conséquences économiques des évolutions démographiques, les déterminants économiques des comportements démographiques. Fort de ces intérêts communs avec PSE, l’INED est depuis l’origine un de ses quatre partenaires scientifiques aux côtés de l’AFD, du GENES et de l’IRD. À ce titre, Chantal Cases siège au Conseil d’administration de la fondation.
De nombreuses collaborations entre les chercheurs de l’INED et de PSE se sont développées, au premier rang desquelles la création du Labex OSE-Ouvrir la Science Économique dont l’INED est partenaire. Un séminaire d’Economie Démographique est ainsi coorganisé depuis janvier 2012. En permettant la rencontre de chercheurs de disciplines et d’institutions différentes, il a contribué à la naissance de nouveaux projets collaboratifs. Une équipe s’est ainsi formée pour construire des comptes de transferts nationaux en France et a rejoint le réseau international des National Transfers Accounts.
Trois autres projets de recherche sont également en cours : Laurent Gobillon et Carine Milcent étudient l’effet de la réforme du financement des hôpitaux sur la prise en charge des patients ayant un infarctus ; Gilles Duranton, Laurent Gobillon et Miren Lafourcade collaborent sur l’effet de la mise en place du train à grande vitesse (TGV) sur la croissance urbaine ; Jérôme Bourdieu, Lionel Kesztenbaum et Gilles Postel-Vinay collectent et analysent des données sur le patrimoine des Français sur la période 1800-1960. Enfin, plusieurs chercheurs de l‘INED interviennent dans le module « Économie et Démographie » du master ETE.


RECRUTEMENT - Dix-sept nouveaux économistes rejoignent PSE à la rentrée 2013

Francis BLOCH : Ancien élève d’HEC, il a obtenu un doctorat en économie a l’Université de Pennsylvanie en 1992...
Thomas BREDA : il rejoint PSE comme chargé de recherche au CNRS après deux ans passés en post-doctorat a la London School of Economics...
Gunther CAPELLE-BLANCARD : Professeur à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne depuis 2007, il y dirige le Master Monnaie-Banque-Finance...
Jézabel COUPPEY-SOUBEYRAN : Maître de conférences à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne depuis 1999, elle s’intéresse à la régulation financière et au rôle des banques...
Vincent DE GARDELLE : Après un passage par les classes préparatoires et par une école d’ingénieur (2005), il s’est réorienté vers les Sciences cognitives...
Romain DE NIJS : Ancien élève de l’Ecole Polytechnique et Ingénieur du Corps des Ponts, des Eaux et des Forêts...
Fanny HENRIET : Ancienne élève de l’Ecole Polytechnique et titulaire d’un master de la London School of Economics...
Pierre KOPP : Agrégé des Facultés de Droit et de Sciences Economiques (1996) Pierre Kopp est professeur à l’université Paris 1 depuis 2000...
Marie LACLAU : Après avoir obtenu son diplôme de l’ENSAE ainsi qu’un Master 2 de mathématiques appliquées à l’Université Paris 6 (« Optimisation, Jeux et Modélisation en Economie ») en 2008...
Jean-François LASLIER : Directeur de recherche au CNRS, il a soutenu sa thèse sous la direction de Jacques Lesourne au CNAM en 1991...
Daniel MARTIN : Après un master en économie réalisé à l’Université Venderbilt, Daniel Martin a démarré une activité de conseil en technologie de l’information...
Hélène OLLIVIER : Après ses études à l’ENS Cachan, elle a obtenu son doctorat intitulé « Trade, bioenergy and land use » à l’Ecole Polytechnique...
Hillel RAPOPORT : Hillel Rapoport est membre associé à PSE recruté en partenariat avec l’Université Paris I Panthéon Sorbonne...
Bénédicte REYNAUD : Entrée au CNRS en 1982, à l’Unité de recherche de l’INSEE, elle a soutenu sa thèse d’Etat en 1987...
Gilles SAINT-PAUL : Après sa thèse au Massachusetts Institute of Techology obtenue en 1990, il a été chercheur au DELTA de 1990 à 1997...
Carine STAROPOLI : elle est Maître de Conférences, HDR depuis 2002 et chercheur au CES depuis 2009...
Stéphane ZUBER : Ancien élève de l’Ecole normale supérieure et titulaire du Master « Analyse et Politique Economiques »...