n°22 - La lettre PSE - juillet 2015

TRIBUNE - Olivier Tercieux : Mobilité - comment un nouvel algorithme pourrait bénéficier à des centaines d’enseignants chaque année

INVITE - Sergei Severino : une année à Paris

PARCOURS - Pierre Bachelier-Iltis : une carrière atypique

TRIBUNE - Mireille Chiroleu-Assouline : REDD+ ou comment agir pour le climat avant 2020

FOCUS - Que deviennent les mastériens PSE ?

BOURSE DE RECHERCHE - NETSPAR


TRIBUNE Olivier Tercieux, Mobilité : comment un nouvel algorithme pourrait bénéficier à des centaines d’enseignants chaque année

Chaire associée à PSE, chercheur au CNRS

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Ces dix dernières années, la profession d’enseignant en France semble avoir connu une importante désaffection. Le nombre de candidats passant une épreuve écrite pour un des concours de recrutement a connu une baisse d’environ 60%. Les postes proposés aux concours de recrutement dans certaines disciplines (Langues, Lettres, Mathématiques,…) ne parviennent plus à être pourvus. De ce fait, une inquiétude peut-être légitime gagne le ministère de l’éducation sur l’évolution de la qualité des enseignants dans les années à venir (1). De nombreux facteurs explicatifs existent, mais l’appréhension suscitée par les perspectives de mobilités géographiques semble essentielle. D’après le rapport 2013 de l’IGAENR (2) sur les difficultés de recrutements des enseignants, les étudiants jugent très clairement dissuasive la mobilité (ou l’immobilité) imposée par le système d’affectation actuel. En effet, très souvent, les nouveaux enseignants titulaires obtiennent une première affectation dans une école « difficile ». Par la suite, la mobilité n’est pas aisée et impose très fréquemment un éloignement durable aux régions d’attache (où résident familles, conjoints, enfants…). Ce dernier problème est de plus en plus marqué. En particulier, le pourcentage d’enseignants titulaires obtenant satisfaction à la suite d’une demande de changement de département/académie dans le premier ou second degré diminue depuis 2000, avec une chute de près de 40% pour le premier degré sur les cinq dernières années (moins d’un quart des demandes sont aujourd’hui satisfaites). Si remplacements et départs en retraite déterminent en partie ce taux de mobilité, dispose-t-on d’autres leviers pour améliorer la situation actuelle ?
Pour un enseignant souhaitant obtenir une mutation sur un autre poste, deux options sont imaginables. Comme nous venons de l’évoquer, il pourrait obtenir sa mutation simplement par la libération ou l’ouverture de postes dans l’académie ou l’école qu’il vise. Par ailleurs, cet enseignant pourrait aussi obtenir satisfaction en « échangeant » l’affectation qu’il a dans son école actuelle avec l’affectation d’un enseignant de l’école où il souhaite être affecté (si ce dernier souhaite en faire autant). A priori l’importance de ce type d’échange peut paraître de second ordre si les enseignants ont des préférences similaires, mais les décisions de réaffectations se faisant au niveau de toute la France, les enseignants ont des préférences relativement hétérogènes et la « coïncidence des besoins » n’est en fait pas si rare... Dans un travail joint avec Julien Combe et Camille Terrier « The Design of Teacher Assignment : Theory and Evidence », nous proposons une procédure d’affectation mettant en œuvre un algorithme qui – étant donnés les souhaits manifestés par les enseignants – repère systématiquement les échanges potentiels. L’algorithme est inspiré de travaux antérieurs (3) sur la réaffectation d’objets dans des environnements sans transfert monétaire mais il s’en distingue de façon essentielle puisque – afin de décider si un échange doit être autorisé - il se réfère à des critères normatifs reflétés par un « système de priorité » mis en place par le ministère. Les critères sont nombreux mais témoignent par exemple de la volonté de rapprocher les enseignants de leurs familles (conjoints et/ou enfants) ou d’éviter que le nombre d’enseignants expérimentés ne décroisse trop dans certaines écoles. Notre procédure réalise uniquement les échanges de postes qui assurent une nouvelle allocation des enseignants autant ou plus en adéquation avec les critères normatifs du ministère.
Nous avons évalué empiriquement la procédure que nous recommandons par rapport à celle utilisée à l’heure actuelle, et ce pour les enseignants du second degré qui demandent à changer d’académie. Nous montrons qu’une partie importante du manque de mobilité vient de la difficulté de la procédure actuelle à mettre en œuvre ces échanges entre enseignants. Ainsi, en 2013, ladite procédure permettait de réaliser uniquement 5% des demandes par le biais d’échanges. Notre procédure alternative permet de multiplier par trois le nombre d’échanges réalisés (4). Ainsi, sur l’année 2013, en se focalisant uniquement sur les possibilités d’échanges entre enseignants, environ 1000 enseignants titulaires supplémentaires (sur 10000) auraient pu voir leurs demandes satisfaites si notre procédure avait été utilisée. Ce travail permet donc d’identifier une alternative à la situation existante et pourrait contribuer à atténuer un des facteurs de la désaffection pour la carrière d’enseignant.
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(1) Les taux d’abandon et de rotation sont également élevés, en particulier dans les écoles en éducation prioritaire. Dans beaucoup d’autres pays, comme aux Etats-Unis, un problème similaire se pose (Ingersoll (2001) et http://hechingerreport.org/half-teachers-leave-job-five-years-heres/).
(2) Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche
(3) Cette procédure est inspirée de celle de Shapley et Scarf (1974) pour la réaffectation d’objets dans une économie sans transfert
(4) Nous montrons aussi que c’est le maximum que nous pouvons envisager pour des procédures respectant les critères normatifs du ministère et qui sont non-manipulables
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Références :
Ingersoll, R. (2001). “Teacher Turnover and Teacher Shortages : An Organizational Analysis” American Educational Research Journal.
Shapley L. et H. Scarf. (1974). “On Cores and Indivisibility” Journal of Mathematical Economics.


INVITE Sergei Severinov : une année à Paris

Professeur associé à l’University of British Colombia (Canada)

Vous êtes à Paris depuis septembre 2014 : comment s’est passée votre année ?
Sergei Severinov : Formidable ! J’ai eu la chance d’être ici avec mon épouse et mes enfants de 9 et 11 ans, qui, tout comme moi, viennent de boucler une année entière dans une école française. Mon temps a été partagé entre de longues sessions de travail sur mes recherches proprement dites, et la participation à des conférences et séminaires à PSE et en Île-de-France. L’activité scientifique atteint ici des niveaux exceptionnels : je crois qu’il m’aurait été possible d’assister tous les jours à une présentation sur un sujet m’intéressant ! Une profusion que j’ai retrouvée aussi dans la culture, le patrimoine, les sorties… J’en profite pour remercier l’Ecole d’économie de Paris et les collègues qui m’ont accueilli durant cette année, plus particulièrement David Martimort qui a été un hôte de choix pour une année à marquer d’une pierre blanche.

Aviez-vous un programme scientifique établi d’avance ?
Sergei Severinov : En partie. J’avais surtout l’intention de profiter à plein de cette année sabbatique. La charge de cours et administrative étant très réduite, j’ai pu finaliser quelques projets et en initier de nouveaux plus sereinement, sans les habituelles coupures d’un agenda chargé. Par ailleurs, j’avais dans l’espoir que les rencontres et les échanges, au sein et via PSE, soient conséquents. Je n’ai pas du tout été déçu : les séances de travail, les séminaires - notamment ceux dans lesquels je suis intervenu en France et en Europe - ou encore les discussions plus informelles ont formé un environnement intellectuel très stimulant.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Sergei Severinov : Je ne m’attarde pas sur quelques papiers que j’ai pu finaliser ou « réviser ». J’ai surtout enclenché 3 nouvelles pistes de recherche, dont 2 avec des co-auteurs de PSE. L’une concerne les mécanismes d’échanges dans des cadres financiers contraints, l’autre est du « matching », et la dernière est liée aux problématiques organisationnelles. Au stade initial, il est important d’ouvrir de nouvelles et nombreuses voies ; pour l’heure, nous avons fait des progrès et j’entrevois un potentiel très intéressant : les premiers résultats analytiques sont encourageants, et les résonances avec nos intuitions initiales et la façon dont les conclusions se dessinent me rendent également optimistes.

Pourriez-vous nous en dire plus sur vos recherches ?
Sergei Severinov : Je travaille en économie théorique, essentiellement sur deux thèmes. D’une part, le « mechanism et market design » qui nous renseigne sur la façon dont peuvent être conçus les mécanismes de marchés et d’échanges afin d’être les plus efficients possibles, sachant que d’autres critères peuvent être visés (attractivité etc.). D’autre part, je m’intéresse à l’acquisition et à la circulation d’informations lorsque les perspectives sont incertaines et que des conflits d’intérêt peuvent exister. J’aime particulièrement cette problématique car tous les jours, en tout lieu, des interactions entre des individus ou des organismes mettent en jeu ces « tensions » informationnelles. Et si nous les négligeons, la probabilité de prendre de mauvaises décisions augmente. J’ai en tête de nombreux projets privés ou publics qui illustrent cela. Dans les mois qui viennent, je pense notamment explorer comment la communication peut être organisée et améliorée au sein du mariage. Cela peut paraître très peu romantique, mais le mariage est un « marché », non permanent car pouvant s’interrompre à tout moment. A ce titre, analyser les flux et modalités d’informations pourrait permettre d’en allonger la durée. Une nouvelle illustration de la façon dont l’économie théorique est parfois amenée à traiter de sujets très concrets !
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Sergei Severinov est professeur associé à l’University of British Colombia (Canada). Diplômé de l’Université de Toronto et Stanford (PhD 1998), il a notamment travaillé à l’Université du Wisconsin, Duke et Essex avant de rejoindre UBC. Son travail porte essentiellement sur le mechanism & market design


PARCOURS Pierre Bachelier-Iltis : une carrière atypique

Directeur M&A (fusions et acquisitions) chez Safran

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C’est l’histoire d’un ingénieur qui s’est ouvert à l’économie : entré à Polytechnique en 1998, puis à l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, Pierre Bachelier-Iltis choisit en 2003 d’intégrer APE - Analyse et Politique Economiques. Il y écrit un mémoire sur la comparaison de politiques d’aide au développement au regard de la lutte contre la corruption, sous la supervision d’Ariane Lambert-Mogilianski. Durant cette année, il apprécie particulièrement l’enseignement dispensé en économie, plus pointu que celui reçu à l’X et aux Ponts. Intéressé par l’économie du développement, il satisfait sa curiosité pour le domaine de la recherche, mais s’aperçoit vite que ce n’est pas sa vocation. A l’époque, le jeune homme souhaite échapper aux querelles d’écoles et éprouve le besoin de se confronter aux applications concrètes des théories étudiées en cours.
Ce « bagage » économique se révèlera précieux pour la suite de sa carrière. L’approche méthodique, la remise en question systématique, autant de réflexes acquis pendant son DEA, vont lui servir pour se lancer dans l’action publique. Il intègre en 2004 le Ministère de l’économie et des finances, où, à la Direction du Trésor puis à l’Agence des participations de l’Etat, il contribue à l’élaboration des politiques publiques en matière de financement du logement puis de gestion et de stratégie des grandes entreprises étatiques. A partir de 2009, c’est en tant que directeur d’investissement au nouveau Fonds stratégique d’investissement (FSI) qu’il accompagne les projets de développement d’entreprises plus petites que l’Etat soutient en prenant une participation. Une fois de plus, il a la satisfaction d’observer les résultats concrets, pour les acteurs économiques, des décisions prises par l’Etat. Au plus haut niveau de l’Etat même, puisqu’il est appelé à rejoindre le cabinet du Premier ministre Jean-Marc Ayrault en 2012. Conseiller pour les Affaires industrielles, il y retrouve Fabien Dell, alors Conseiller Economie, qu’il avait rencontré lors de son DEA. Cet aspect « réseau d’anciens élèves » est important, et Pierre est heureux de pouvoir encore aujourd’hui solliciter l’avis de ses anciens camarades de promo.
L’an dernier, il a rejoint le groupe Safran en tant que directeur M & A (fusions et acquisitions). De dimension internationale, Safran opère dans les domaines de l’aéronautique, la défense et la sécurité et a donc des liens étroits avec le secteur public. Pierre peut ainsi mettre en pratique au sein d’un grand groupe industriel ses connaissances acquises pendant une dizaine d’années en s’occupant des questions d’entreprises, d’investissement et d’innovation au sein du secteur public. Il espère poursuivre encore longtemps sa carrière au sein du groupe Safran.


TRIBUNE Mireille Chiroleu-Assouline : REDD+ ou comment agir pour le climat avant 2020

Membre associé à PSE, professeur à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, vice-présidente co-fondatrice de la FAERE (1)

La COP21 qui se déroulera fin 2015 à Paris est supposée marquer une étape essentielle de la lutte contre le changement climatique. Son objectif central est la négociation d’un nouvel accord international destiné à entrer en vigueur en 2020, après la deuxième période d’engagements du protocole de Kyoto.
Mais l’inertie des concentrations de gaz à effet de serre (GES) est telle qu’il est crucial de passer à l’action d’ici 2020, d’autant plus que les engagements pris jusqu’ici par les pays développés sont dans l’ensemble loin d’être respectés. Or la déforestation et la dégradation des forêts, surtout tropicales, sont à l’origine de 15 à 20% des émissions mondiales de GES. Cela fait de la lutte contre la déforestation à la fois l’un des moyens essentiels de la lutte contre le changement climatique, et une façon d’impliquer les pays en voie de développement. L’idée des mécanismes REDD+ (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation), proposés dès la COP13 à Bali pour constituer une politique officielle lors de la COP19 de Varsovie, est simple : un pays développé peut déléguer une partie de ses obligations de réduction des émissions à un pays en voie de développement en rémunérant les efforts de ce dernier pour réduire ses émissions de carbone par la déforestation. La rémunération versée par des pays industrialisés volontaires aux pays en voie de développement en compensation de leurs coûts d’opportunité en termes de développement économique, est fondée sur leurs résultats en termes de réduction de la déforestation.

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Comme pour les autres instruments mis en place dans le cadre du protocole de Kyoto qui prévoient d’inciter à des réductions d’émissions de GES dans les pays non soumis à des engagements individuels (non Annexe I), comme les mécanismes de développement propre (CDM) ou les projets joints (joint implementation), il s’agit de rémunérer des performances mesurées par rapport à une trajectoire de référence business-as-usual (BAU). L’évaluation de ce scénario contrefactuel constitue l’une des difficultés inhérentes au mécanisme REDD+ : la question de l’additionnalité est cruciale car le contrat ne doit rémunérer que des réductions d’émissions qui n’auraient pas eu lieu en l’absence de celui-ci. La COP 17 de Durban a abouti à un accord sur une détermination pragmatique et objective du niveau de déforestation de référence d’un pays par l’extrapolation de sa tendance historique. Comme une telle extrapolation surestimerait la déforestation BAU des pays ayant déjà fortement déboisé, et sous-estimerait celle des pays ayant jusqu’ici peu déboisé, le niveau de référence utilisé pour rémunérer les performances ne peut pas excéder la tendance historique pour les premiers tandis qu’il peut être augmenté jusqu’à 10% pour les autres.

Le fait que tous les niveaux de référence annoncés lors des négociations ayant eu lieu jusqu’ici exploitent cette marge maximale est le symptôme clair de l’exploitation d’une rente d’information par les pays concernés, en raison d’une asymétrie d’information intrinsèque sur le scénario BAU. Ces pays ont une meilleure connaissance que les pays financeurs de leurs projets de développement et de leurs intentions autonomes en termes de limitation de la déforestation. Dans un article co-écrit avec deux chercheurs du Lameta à Montpellier (2), nous proposons une définition différente des contrats REDD+, de façon à augmenter leur efficacité économique en réduisant et modifiant la distribution de la rente informationnelle. Le cadre d’analyse adopté est celui de la théorie des incitations dans lequel nous considérons des contrats fondés sur « l’output » ou sur « l’input » (Bontems et Bourgeon, 2000 (3)). Nous montrons qu’en fait deux types de contrats sont réalisables : un contrat analogue au contrat REDD+ actuel, fondé sur les résultats en termes de déforestation (output) par rapport au scénario BAU, et un contrat fondé sur les politiques mises en place pour réduire la déforestation (input). Le choix entre les deux types de contrat dépend des coûts respectifs de mesure des deux variables potentiellement observables : d’une part la déforestation et la dégradation effectives, et d’autre part les politiques menées. Chaque contrat implique des incitations en sens inverse, la différence étant amplifiée par la prise en compte des coûts de transaction, de gouvernance et de mise en place des politiques publiques. Dans le cas du contrat fondé sur les résultats, la rente informationnelle doit aller aux pays aux plus faibles niveaux de déforestation BAU tandis que dans celui du contrat conditionné aux politiques mises en œuvre, c’est l’inverse. La comparaison des deux options en termes d’efficience environnementale fait apparaître qu’il est optimal pour le financeur de les proposer toutes deux aux pays candidats sous la forme d’un contrat général offrant le choix entre une rémunération fondée sur le niveau de déforestation ex post (que choisiront les pays dont le scénario BAU est le plus faible), et une rémunération fondée sur les politiques mises en œuvre (que choisissent alors les pays dont le scénario BAU est le plus élevé). Un tel menu de contrats permet d’éliminer les distorsions aux deux extrêmes de l’intervalle. La division en deux groupes de pays révèle leur information privée concernant leurs projets sans reposer sur des répartitions a priori en fonction des tendances antérieures de déforestation ou en termes d’États plus ou moins fragiles institutionnellement ou politiquement.

Nos travaux s’inscrivent ainsi dans les objectifs de la COP21 en ouvrant la possibilité de contributions ambitieuses à la réduction des émissions, et invitent les parties prenantes à adopter des approches différenciées.
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(1) French Association of Environmental and Resource Economists http://faere.fr
(2) Designing REDD+ Contracts : Does Conditionality Resolve Additionality Issues ? Document de travail, 2014, co-écrit avec Jean-Christophe Poudou et Sébastien Roussel (Lameta-Montpellier).
(3) Bontems P. and Bourgeon J.-M., 2000. Creating Countervailing Incentives through the Choice of Instruments. Journal of Public Economics. 76, 181-202.


FOCUS Que deviennent les mastériens PSE ?

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BOURSE DE RECHERCHE - NETSPAR

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Le vieillissement de la population représente aujourd’hui un enjeu majeur pour les gouvernements européens. Afin de créer des liens entre le monde académique et les institutions et entreprises impliquées dans ces problématiques socio-économiques, le réseau néerlandais Netspar (1) a été créé en 2005 par Lans Bovenberg (2). L’une des activités de Netspar consiste à financer des travaux de recherche innovants en sciences économiques et sociales sur les thématiques du vieillissement, de la retraite et des régimes économiques associés.

Ce programme a attribué une bourse à Elena Stancanelli, chercheur associé à PSE et directrice de recherche au CNRS (CES). Le projet sélectionné, Retiring together or apart and spousal happiness outcomes, vise à étudier, en France, l’impact du départ à la retraite sur le niveau de vie des couples mariés, et plus spécifiquement les effets sur leur bien-être individuel et au sein du couple. Cette bourse de 10 mois lui a permis d’exploiter des données françaises de l’INSEE (enquête emplois entre 1990 et 2002) et de rédiger deux working papers. Dans le premier (3), l’auteur constate que le départ à la retraite d’une personne mariée intervient rarement de manière rapprochée à celui de son conjoint(e), mais que dans l’intervalle de temps où l’un travaille et l’autre est à la retraite, il y a une nette diminution des heures de travail du premier (en moyenne de 2 heures par semaine). Le deuxième working paper (4) s’intéresse quant à lui au risque de divorce à la retraite. Elena Stancanelli conclut notamment que le risque de divorce augmente substantiellement et de manière plus marquée pour les individus qui ont grandi dans un environnement familial traditionnel. Ces travaux viennent compléter d’autres recherches récentes, menées par E. Stancanelli en collaboration avec Arthur van Soest (5) : le temps de loisirs commun des conjoints à la retraite n’augmente que faiblement, soit moins d’une heure de plus par jour que durant leur période d’activité professionnelle ; en revanche, les travaux domestiques augmentent d’environ deux heures par jour (6) de même que les activités de loisirs « séparées » (2 à 3 heures de plus par jour). Ces résultats contrastent avec ceux des modèles conventionnels selon lesquels les complémentarités de loisirs des conjoints représenteraient un des moteurs essentiels de retraite simultanée. Par ailleurs, les réflexions menées grâce à l’appui de Netspar croisent d’autres travaux sur la règlementation des maisons de retraite (7) et le bonheur des résidents (8) dont les premières pistes évoquent le rôle que pourraient jouer enfants et petits-enfants dans la mesure de la qualité des soins fournis par ces établissements. Autant de sujets qu’Elena Stancanelli et ses co-auteurs développeront dans les mois à venir.
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(1) Network for Studies on Pensions, Aging and Retirement - http://www.netspar.nl/
(2) Professeur en économie de l’Université de Tilburg
(3) Stancanelli, Elena G.F. Spousal Retirement and Hours Outcomes, Netspar Discussion Paper No. 11/2014-050. Available at SSRN :
http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2540461
(4) Stancanelli, Elena G.F., Divorcing Upon Retirement Netspar Discussion Paper No. 09/2014-051 Available at SSRN :
http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2540464
(5) Stancanelli, Elena G.F. and Arthur van Soest, Partners’ Leisure Time Truly Together Upon Retirement, IZA Journal of Labor Policy, soumission invitee. - sources : Données de l’enquête emploi du temps EDT pour la France, collectée par l’INSEE
(6) Il s’agit principalement de travaux de bricolage et jardinage pour le mari et de cuisine et ménage pour la femme
_( 7) Stancanelli, Elena G.F. , Institutional Long-Term Care and Government Regulation, IZA World of Labor, a paraître.
(8) Stancanelli, Elena G.F. , Happy at Old People Nursing Home, travaux en cours.