Paris School of Economics - École d'Économie de Paris

La science économique au service de la société

n°24 - La lettre PSE - décembre 2015

TRIBUNE - Jean-Pierre Danthine - PSE : exploiter son potentiel... pour faire la différence

INVITÉE - Pascaline Dupas : spécialiste de l’économie du développement

PARCOURS - Najy Benhassine : Banque Mondiale un jour...

TRIBUNE - Martin Hirsch et Lise Rochaix - L’hôpital du futur : quelle place pour l’analyse économique ?

FOCUS - L’économie pour tous

ÉTUDE - République Démocratique du Congo : résultats de l’évaluation du PARRSA


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TRIBUNE Jean-Pierre Danthine - PSE : exploiter son potentiel… pour faire la différence

Président de PSE-Ecole d’économie de Paris

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« Il y a 50 ans à la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous les économistes avons entamé une quête audacieuse : découvrir les moyens par lesquels les pays pauvres dans les régions tropicales pourraient atteindre des niveaux de vie proches de ceux des pays riches d’Europe et d’Amérique du Nord. L’observation des souffrances des pauvres et des conforts des riches nous a motivés dans cette quête. Si cette ambitieuse quête était couronnée de succès ce serait un des plus grands triomphes intellectuels de l’humanité. » C’est de cette manière éloquente que William Easterly introduisait en 2002 son ouvrage Elusive Quest for Growth : Economists’ Adventures and Misadventures in the Tropics (1).
Une décennie plus tard, la crise financière et économique globale est passée par là. Les événements de ces dernières années remettent notre savoir économique en question et les enjeux énormes du progrès dans les connaissances sont plus clairs que jamais. A l’évidence, ils ne se limitent pas à la problématique du développement. Les sociétés développées sont elles aussi confrontées à des défis d’importance majeure : déficit de croissance, instabilité financière, chômage, flux migratoires et inclusion des migrants, construction européenne, inégalités, vieillissement, maîtrise des dépenses de santé, poids de la dette publique, pour en citer quelques-uns. Trouver des réponses, même partielles, à la masse de questions auxquelles nous sommes confrontés aurait un impact sensible sur le bien-être de toute la population. Tirer au mieux les leçons de l’histoire récente, redoubler d’efforts pour repousser les frontières de nos connaissances en économie et dans les sciences sociales proches est aujourd’hui un devoir.
C’est dans cet esprit que je conçois « l’aventure PSE ». Il ne s’agit pas de se battre pour constituer un nouveau champion national : PSE n’est pas PSG. Mais de donner suite à notre conviction que l’excellence en matière de formation et de recherche peut faire la différence. PSE a des atouts uniques : le nombre de ses chercheurs, leur diversité, la pré-disposition de l’institution à l’interdisciplinarité en lien avec la nature et la richesse intellectuelle des institutions fondatrices, l’attractivité de Paris pour les chercheurs comme pour les étudiants. Le chemin parcouru est impressionnant ; en atteste la progression dans les classements internationaux mise en évidence à juste titre sur notre site Internet et dans nos publications. Mais nous ne pouvons pas nous reposer sur ces lauriers. Le potentiel est encore loin d’être pleinement exploité. Trouver créativement les voies permettant d’exploiter mieux encore les ressources mises à disposition par la collectivité et réfléchir aux moyens d’en dégager de nouvelles ; se donner ainsi les atouts pour atteindre les objectifs élevés que nous nous assignons. Ce sont là nos priorités. Afin que PSE soit en mesure d’apporter la contribution importante qui doit être la sienne dans la construction d’un monde meilleur.
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(1) Cambridge, MA, USA, MIT Press 2002


INVITÉE - Pascaline Dupas, spécialiste de l’économie du développement

Presque dix ans après votre thèse, vous revenez à PSE en tant qu’invitée : qu’attendez-vous de cette année à Paris ?
En réalité, j’ai quitté la France il y a presque 15 ans, pour effectuer ma thèse au sein du programme APE, mais depuis les Etats-Unis. Aujourd’hui, je reviens à l’occasion d’un congé sabbatique, afin de profiter de cette année sans charge d’enseignement pour faire avancer significativement mes recherches. PSE offre un environnement de travail très stimulant : je connaissais déjà l’équipe d’économie du développement, je compte profiter de cette communauté pour faire émerger de nouvelles idées d’études. Par ailleurs, la France est plus proche de l’Afrique : cela va me permettre de voyager davantage sur le terrain.

Pourriez-vous nous décrire votre méthode de travail ?
Tous mes travaux sont dits « appliqués » et la plupart comprennent une composante expérimentale : je fais varier l’environnement dans lequel les gens vivent pour tester des hypothèses très précises sur les facteurs déterminant les comportements. Cette méthode requiert, en amont, une forte capacité de réflexion et d’anticipation pour ne pas risquer de choisir un cadre théorique inapproprié ou d’introduire des biais dans l’expérience. J’échange beaucoup avec les acteurs locaux au cours de mes voyages : il en ressort des problématiques caractéristiques qui influencent mes choix d’hypothèses à tester. S’ensuit une phase de recherche des modèles qui pourraient décrire la situation. Enfin, la confrontation aux données du terrain révèle la pertinence ou non des intuitions, auquel cas il faut remettre le modèle en perspective ou réévaluer le poids des différents effets.

Pourriez-vous nous parler de vos recherches et de vos projets à venir ?

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Jusqu’à présent, mes recherches portent en grande partie sur les comportements individuels de santé dans les pays en développement, en particulier en Afrique sub-Saharienne. Si la santé est au cœur des préoccupations des ménages, la situation sanitaire reste un grave problème dans ces pays. Mais l’histoire des pays développés montre que les avancées majeures en matière de santé sont survenues grâce à la mise en place d’infrastructures avec économies d’échelle, telles que les systèmes d’assainissement ou d’assurance. Ainsi, dans les pays en développement, il faudrait davantage de grands programmes centralisés. Dès lors, il est question de politique économique et moins de comportements individuels. Mes nouveaux projets tournent justement autour de ces questions d’économie politique. J’espère analyser ce qui empêche la mise en place à succès de tels programmes.

Vous revenez d’un séjour au Ghana : pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
En 2007, avec Michael Kremer et Esther Duflo, nous avons lancé un projet de financement des études secondaires de 682 jeunes ghanéens, choisis aléatoirement parmi 2064 jeunes admis au lycée mais ayant des difficultés à payer les frais de scolarité, compte tenu des faibles revenus des ménages ruraux au Ghana. Cette bourse d’études a permis à 75% des bénéficiaires de terminer leurs études secondaires, contre seulement 40% des non-bénéficiaires. Ainsi, les effets sur les compétences sont notables. Mais, quelques années après la fin de leurs études, près de 50% d’entre eux n’ont pas encore de travail stable, tout comme les non-bénéficiaires. Autrement dit, la bourse d’étude n’a pas encore de véritable écho sur le marché du travail. Seule évolution : une légère augmentation du revenu pour les filles. Toutefois, nous avons noté d’importants changements dans d’autres domaines, en particulier, un recul des grossesses adolescentes non-planifiées et une amélioration de la prévention santé. Mon voyage avait donc deux objectifs. D’une part, disséminer les résultats auprès des organisations nationales et internationales afin de les inciter à investir dans l’éducation : si le programme n’a pas d’effet direct sur l’emploi, il illustre tout de même l’impact de l’éducation secondaire sur les compétences personnelles et la vie sociale. En deuxième lieu, j’ai voulu comprendre les résultats mitigés en termes d’emploi et de revenu. Avec huit étudiants de Stanford, nous avons mené plusieurs centaines d’interviews pour comprendre la situation de ces jeunes sans emploi et plus largement celle de l’emploi au Ghana. De plus, nous allons suivre notre échantillon sur (au moins) 5 années supplémentaires, car il est probable que la situation évolue sur le long terme.
Propos recueillis par Camille Dugast
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Pascaline Dupas est Professeur Associée à Stanford University. Après l’ENS, puis le DELTA (l’un des laboratoires à l’origine de PSE), elle part visiter Harvard et le MIT où elle s’investit dans divers projets en économie du développement. Détachée auprès de l’Université de New York (NYU), elle y rédige sa thèse en économie du développement, qu’elle soutiendra en 2006 à l’EHESS et à PSE sous la direction de François Bourguignon. Elle devient ensuite Assistant Professor a Dartmouth College puis à UCLA avant de rejoindre Stanford en 2011.


PARCOURS - Najy Benhassine, Banque Mondiale un jour...

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Après des études d’ingénieur à l’Ecole polytechnique de Lausanne, Najy Benhassine s’oriente vers HEC, qui vient de créer une Majeure en Economie. Sur les conseils de M. Rockinger, il rejoint le DELTA et intègre en 1995 le DEA Analyse et Politique Economiques (APE). Il suit les cours de G. Demange, G. Saint-Paul et D. Cohen qui marqueront beaucoup sa réflexion d’économiste.
Une fois terminé son mémoire, portant sur l’économétrie des marchés financiers, Najy effectue un doctorat au MIT, sous la direction d’A. Banerjee et de M. Kremer. Est-ce l’influence de sa double culture suisse et algérienne ? Il se passionne pour l’économie du développement et envisage une carrière au sein des institutions financières internationales. Cette vocation est sur le point de tourner court, en 2000, lorsqu’un recruteur de la Banque mondiale s’endort pendant son entretien avec lui ! La chaleur et l’heure tardive n’excusant pas tout, Najy lui écrit pour lui reprocher son attitude. Reconnaissant dans cette audace une marque de motivation, le recruteur lui accorde un autre entretien… qui débouchera cette fois sur une embauche ! Najy s’installe à Washington en mai 2001 et occupe cinq postes différents au sein de la Banque Mondiale en 15 ans, passant de l’analyse des liens entre entreprises et pouvoirs publics au Maghreb à l’observation de l’environnement des affaires ou à l’étude du commerce et de la compétitivité dans le monde arabe – poste qu’il occupe depuis maintenant un an et demi. A chaque fois, Najy s’efforce de faire de la recherche au plus près du terrain. Ainsi, il a récemment publié avec d’autres chercheurs dont E. Duflo, ancienne camarade au DELTA et au MIT, un article sur les allocations conditionnelles en soutien à l’éducation au Maroc.
Najy Benhassine participe également au Think tank Nabni (Nous construisons) qui contribue à la réflexion sur l’économie algérienne. Toujours dans l’idée de créer des passerelles entre le monde académique et la sphère politique, Najy aimerait aussi, un jour, retourner à l’enseignement et la recherche sur les questions d’élaboration des politiques publiques en matière de développement.
Par Gaëlle Feneloux


TRIBUNE - Martin Hirsch et Lise Rochaix - L’hôpital du futur : quelle place pour l’analyse économique ?

Martin Hirsch, Directeur Général de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP)
Lise Rochaix, Membre associé à PSE, Professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, responsable scientifique de la chaire Hospinnomics

Prédire les contours de l’hôpital du futur : mission impossible ?
Prédire l’avenir pour l’hôpital est à la fois indispensable et complexe, d’autant que les pas de temps sont longs : entre la décision et l’ouverture, il peut se passer de 10 à 15 ans. De plus, l’hôpital ne sait se transformer que progressivement, par évolution interne. C’est l’une des difficultés actuelles de la transition vers la chirurgie ambulatoire, qui appelle des architectures nouvelles pour organiser le circuit complet du malade de la manière la plus rapide et la plus rationnelle, quand chaque minute gagnée est un enjeu. L’incertitude, liée à la survenue d’épidémies ou d’événements graves comme les récents attentats de Paris, implique de réserver une offre capacitaire pour répondre au mieux et dans les meilleurs délais à l’expression de cette demande (1). S’ajoute, dans la difficulté de la prévision, le fait que bien souvent les tendances sont la résultante d’évolutions contradictoires. Ainsi le progrès technique conduit à une réduction des durées de séjour (donc des besoins capacitaires), tandis que le vieillissement de la population produit l’effet inverse.

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Les évolutions scientifiques et technologiques ont une part d’imprévisibilité, avec des impacts sur l’offre de soins qui sont, pour certains, extrêmement rapides et pour d’autres à plus long terme : c’est le cas récent de l’arrivée sur le marché des thérapies contre l’hépatite C, qui a bouleversé, au bon sens du terme, le pronostic des patients porteurs de ce virus et qui aura des conséquences à plus long terme sur le besoin en greffes du foie. Les évolutions démographiques et épidémiologiques sont tout aussi difficiles à anticiper, avec des effets structurants sur l’offre de soins : à titre d’illustration, la conception hospitalière en pavillons spécialisés par maladies (infectieuses, mentales, chroniques, …) est aujourd’hui renversée par la tendance à la poly-pathologie et les progrès de la multidisciplinarité. Une troisième évolution majeure concerne la médecine connectée, dont on peut considérer que son influence sur la prise en charge et l’organisation hospitalière sera aussi importante que le développement de la pharmacopée. Chacune de ces trois évolutions aura un impact sur le visage de l’hôpital du futur. D’autres facteurs doivent aussi être pris en compte, notamment ceux liés aux comportements individuels ou collectifs, qu’ils émanent des patients comme des professionnels de soins. L’impact des décisions publiques sur ces acteurs, que ce soit en matière de réorganisation des soins autour du parcours (comme celles voulues par la Loi de santé) ou de tarification, doit pouvoir être pris en compte.
Ces difficultés de prévision nous invitent à tirer au moins trois conséquences pour l’hôpital de demain :

  • il doit être conçu comme adaptable ou rendu comme tel, non seulement dans son architecture mais aussi sa gouvernance qui ne saurait être un facteur de rigidité supplémentaire, parfois aussi coriace que le béton ;
  • il doit être intégré, afin de ne pas penser seul sa projection dans le futur mais être partie prenante des évolutions de l’environnement plus large dans lequel il s’inscrit : le futur de l’hôpital se définit conjointement avec celui de la médecine de ville ;
  • il doit enfin être centré sur le patient, autour duquel une offre globale de soins doit être structurée, en incluant l’amont, jusqu’à la prévention, et l’aval des soins hospitaliers.

Quelle place pour l’analyse économique ?
Face à ces évolutions, le décideur a besoin de la science économique pour ne pas passer à côté des changements, les subir ou les retarder. Dans un hôpital encore plus que dans d’autres univers, la question de la bonne allocation des ressources est cruciale, parce qu’elle a un impact sur des vies humaines. Il ne s’agit pas ici de faire toujours plus d’économies, mais de mobiliser les outils de l’analyse économique pour contribuer, avec les autres disciplines concernées, à l’objectif final de mieux soigner, mieux prendre en charge, mieux concilier le court et le long terme.
Pour préparer son avenir, l’hôpital dispose de données extraordinaires, en nombre, en pertinence et en qualité, qui peuvent faire progresser la connaissance économique et rétroagir sur les choix des décideurs. Ces données sont encore sous-exploitées et il peut y avoir, à l’instar des « sauts » de connaissance médicale, des sauts de connaissance en économie.
La médecine est habituée à la pratique des essais randomisés, utilisés de longue date pour les médicaments et qui, donc, trouveraient une application naturelle à d’autres interventions que l’évaluation des médicaments : évaluation des prises en charge, évaluation des schémas organisationnels, par exemple, dont les résultats permettraient alors d’asseoir les orientations à prendre. Chacun sait que les politiques tarifaires ont une influence considérable sur les prises en charge, qu’il s’agisse de la rémunération des acteurs ou du reste à charge des patients. Analyser, modéliser, tester ces effets sur une base scientifique, en se plaçant au carrefour de la science économique et de la science médicale, doit permettre d’éclairer la prise de décision pour qu’elle soit plus conforme à une vision médicale et au service du patient. Dans l’hôpital du futur, l’économie, au singulier, comme science, doit trouver sa place pour éviter les effets néfastes des économies au coup par coup. Cette analyse économique pourra porter sur la transition vers la chirurgie ambulatoire, la conception des parcours de soins, l’élaboration des coopérations inter-hospitalières et plus largement, la construction de nouveaux établissements (comme l’hôpital Nord pour l’AP-HP) ou la reconfiguration d’hôpitaux traditionnels (comme l’Hôtel Dieu), l’évolution de la formation initiale et continue, les choix d’investissements …
Ainsi, si nous ne pouvons pas décrire précisément l’hôpital de demain, nous saurons mobiliser les méthodes qui permettent de garantir que l’ensemble des évolutions est pris en compte, autant que faire se peut, et éviter ainsi que l’hôpital de demain ne soit que la projection de nos difficultés d’aujourd’hui … un demain qui ne serait alors qu’un hier à peine amélioré.

(1) “The medical response to multisite terrorist attacks in Paris” - www.thelancet.com - Published online November 24, 2015.


FOCUS - L’économie pour tous

Afin de diffuser les recherches et études menées par ses membres, PSE propose de nombreux supports et actions destinés à un large public.
Supports proposés par PSE


Actions de sensibilisation et de formation


Dans la presse… et en librairie

  • Les chercheurs sont régulièrement interrogés par la presse écrite, web, radio ou télévisuelle, et écrivent de nombreuses tribunes. Une revue de presse est disponible en ligne.
  • Sur des sujets très divers, nos économistes publient des ouvrages grand public et spécialisés. La liste est accessible ici.

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ETUDE - République Démocratique du Congo : résultats de l’évaluation du PARRSA

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Début 2011, un projet ambitieux d’une durée initiale de quatre ans a vu le jour en RDC via un financement de l’Association Internationale de Développement (1) : le Projet d’appui à la réhabilitation et à la relance du secteur agricole (PARRSA). Son objectif est de revitaliser le secteur agricole dans l’ex-Equateur, province du nord du pays où l’agriculture souffre d’un faible rendement - malgré un fort potentiel - entraînant une insécurité alimentaire préoccupante et une mortalité infantile alarmante. Plus précisément, PARRSA vise à améliorer la production agricole et animale, à rénover les infrastructures de commercialisation et à renforcer les capacités du Ministère en charge de ces questions (2).
Courant 2012, PSE-Ecole d’économie de Paris a été sollicitée afin d’évaluer l’impact du PARRSA. Sylvie Lambert, Karen Macours et Margaux Vinez (3), en collaboration avec Tanguy Bernard (IFPRI) ont ainsi mené trois enquêtes d’envergure auprès des agriculteurs et ménages concernés. L’idée était d’une part de documenter les conditions de vie des ménages, et d’autre part de comprendre l’impact des activités de vulgarisation agricole et promotion de semences de variétés améliorées (4) sur les choix de production des ménages et sur leur bien-être. En novembre 2015, l’équipe scientifique a présenté à Kinshasa et Gemena les résultats de cette évaluation qui a concerné 2365 ménages dans plus de 200 villages. Plusieurs conclusions encourageantes ont émergé : les ménages sont prêts à payer pour se procurer des semences améliorées - saison après saison - à condition que le prix proposé ne soit pas trop élevé ; mais l’éloignement des sources d’approvisionnement en semences est une barrière importante à leur utilisation. En termes de culture, les ménages concernés par PARRSA ont eu tendance à davantage s’orienter vers l’arachide, mais également, et cela n’est pas nécessairement une bonne nouvelle, à convertir des terres dans la forêt ou la savane pour les ensemencer. Enfin le programme a eu une incidence positive sur la sécurité alimentaire des ménages : l’accès facilité aux semences améliorées a permis de raccourcir la période de soudure, et des effets perceptibles sur la situation nutritionnelle des enfants et sur la mortalité infantile ont été mesurés.

(1) IDA en anglais, association gérée par la Banque Mondiale.
(2) Ministère de l’Agriculture et du Développement rural.
(3) Respectivement Chaire associée à PSE - Directeur de recherche INRA, Membre associé à PSE - Directeur de recherche INRA et doctorante PSE – EHESS.
(4) Les semences des variétés améliorées des cultures vivrières concernées par cette évaluation sont le riz, le maïs, l’arachide et le manioc.