Paris School of Economics - École d'Économie de Paris

La science économique au service de la société

n°34 - La lettre PSE - octobre 2018

TRIBUNE. Denis Cogneau (PSE, IRD, EHESS) - Histoire du développement et histoire du colonialisme

PARCOURS. Silvia Salazar (Curtin Univ.) : portrait d’une globe-trotteuse

#PHOTO. Les cinq promotions PSE de cette rentrée

TRIBUNE. Mireille Chiroleu-Assouline (PSE, Paris 1), Magali A. Delmas (UCLA, Invitée PSE), Thomas P. Lyon (Michigan Univ.) - Une entreprise responsable doit aussi faire preuve de responsabilité politique

FOCUS. Retour sur l’évaluation du budget 2019


TRIBUNE. Histoire du développement et histoire du colonialisme

Denis Cogneau – Professeur associé à PSE, Directeur de recherche IRD, Directeur d’études EHESS
Accéder à son site personnel ou à sa page Linkedin

JPEG - 61.2 ko

Nos temps globalisés sont les héritiers d’un système mondial forgé par le capitalisme et l’impérialisme occidentaux du XVIe au XXe siècle et par les mouvements politiques qui les ont combattus. Dans sa jeunesse, l’économie du développement s’est constituée à travers les questions de la décolonisation et de l’échange inégal entre pays industrialisés et pays dits de la périphérie. Albert Hirschman souhaitait situer la discipline à l’écart d’une orthodoxie négligeant les spécificités historiques et structurelles des économies concernées, mais aussi d’une approche néomarxiste prônant comme unique solution une rupture définitive avec l’ordre international capitaliste et impérialiste.
Le lien de l’économie du développement avec l’histoire s’est ensuite distendu, alors que la spécialisation de la discipline s’approfondissait, conduisant à traiter séparément des politiques macroéconomiques, du commerce international, de l’agriculture, de l’éducation, etc., comme le regrettait Paul Krugman il y a plus de vingt-cinq ans. Par ailleurs, la chute du mur de Berlin et l’émergence de l’Asie de l’Est avaient rendu désuète l’idée d’une communauté de problèmes partagés par un « Tiers-Monde ».

LE RETOUR DE L’HISTOIRE ÉCONOMIQUE
Il n’empêche que dans l’ordre politique, le mouvement des BRICS (Brésil-Russie-Inde-Chine-Afrique du Sud) et la diplomatie économique de la Chine tentent de réactiver les alliances, sinon la solidarité, d’un monde non-occidental. La question des migrations en Europe et en Amérique du Nord, les printemps arabes, et le débat sur les responsabilités séculaires dans le changement climatique réactivent aussi les difficultés de la relation Nord-Sud et font resurgir un passé colonial pas encore dépassé.

Aujourd’hui, certains économistes recherchent à nouveau dans l’histoire les institutions fondamentales expliquant le succès et la prospérité des nations, tandis que d’autres s’efforcent d’éclaircir en quoi deux décennies de recherches microéconomiques sur les ménages et les entreprises des pays pauvres renouvellent notre compréhension du développement à l’échelle macroscopique. Plus généralement, l’histoire économique est de retour, celle du capitalisme tout autant que celle du développement. Cependant, le creux de la vague qu’elle a connu, tant du côté de l’économie que de l’histoire, implique que nos connaissances factuelles sur l’époque coloniale et impériale, et même sur le tournant crucial de la décolonisation, n’ont guère progressé par rapport aux années 1970. La base de données est restée celle qu’avaient constituée, de manière très partielle, des économistes marxistes comme Samir Amin récemment disparu, ou des historiens du capitalisme métropolitain comme Jacques Marseille, pour prendre le cas de l’Empire colonial français.

AFRISTORY : UN PROJET UNIQUE DE COLLECTE DE DONNÉES
Dans l’intervalle heureusement, les archives se sont améliorées grâce à la numérisation, et notre capacité à les extraire et à les traiter a également été multipliée. Au Centre François Simiand à PSE (cf plus bas), un petit groupe construit depuis quelques années une nouvelle base de données sur l’Empire colonial français aux XIXe et XXe siècles, avec le projet Afristory financé à l’origine par l’Agence Nationale pour la Recherche ; des données comparatives sur certaines parties de l’Empire britannique ont aussi été accumulées chemin faisant.

UNE APPROCHE PLURI-DISCIPLINAIRE AMBITIEUSE
Deux objectifs complémentaires sont visés, l’un qui intéresse un peu plus l’histoire économique, l’autre un peu plus l’économie du développement. Premièrement, renouveler l’histoire globale du colonialisme français, du point de vue de l’économie française comme du point de vue des économies colonisées. La collaboration avec les collègues étudiant la finance et le capitalisme français de la même période permet d’envisager de jeter une lumière nouvelle sur l’investissement colonial, l’importance des lobbies, et l’économie politique générale du colonialisme : qui en profitait et qui en payait le coût (notamment militaire), rentiers, industriels, contribuables métropolitains, colons, élites autochtones, populations assujetties.
Deuxièmement, mieux comprendre les sources historiques des structures et des institutions des pays en développement d’aujourd’hui, en l’occurrence les anciennes colonies françaises. Des caractéristiques comme la capacité fiscale et légale de l’Etat que certains contemporains désignent comme cruciales, ou comme le dualisme, que les économistes du développement d’hier avaient placé au centre de leurs analyses sont ainsi particulièrement étudiées.

UN PARADOXE CRUEL : UNE PRESSION FISCALE FORTE POUR UN DÉVELOPPEMENT INÉGAL
Nos analyses montrent que dans les Etats coloniaux ces deux caractéristiques étaient précisément associées : ils étaient parvenus à une pression fiscale élevée qui permettait de financer des coûts de fonctionnement exorbitants, notamment de très hauts salaires, mais qui ne finançait pas le développement économique et social qui ne décolla qu’après la Seconde Guerre mondiale avec une aide métropolitaine.

Toutefois l’Empire ne commença à coûter vraiment cher qu’avec les guerres de libération (Indochine, Algérie, Cameroun). Ces caractéristiques ont entraîné après l’indépendance de fortes inégalités initiales entre une petite élite administrative et le reste des populations, qui sont peut-être à la source de relations de patronage et de clientèle prégnantes ; à cet égard les années de transition suivant les indépendances (décennies 1960 et 1970), presqu’encore plus mal connues que la période coloniale, méritent une relecture.

................

Références

  • Albert O. HIRSCHMAN, “The Rise and Decline of Development Economics”, Essays in Trespassing Economics to Politics and beyond, Cambridge, Cambridge University Press, 1981, p. 1-24
  • Paul KRUGMAN, “The Fall and Rise of Development Economics”, Development, Geography and Economic Theory, Cambridge, MIT Press, 1995, p. 1-30.
  • Paul KRUGMAN, “Toward a Counter-Counterrevolution in Development Theory”, World Bank Econ Rev (1992) 6 (suppl 1) : 15-38.
  • Samir AMIN, L’économie du Maghreb, la colonisation et la décolonisation, Paris, Editions de Minuit, 1966. Samir AMIN, L’Afrique de l’Ouest bloquée, l’économie politique de la colonisation, 1880-1970. Paris, Editions de Minuit, 1971.
  • Jacques MARSEILLE, Empire colonial et capitalisme français, Histoire d’un divorce. Paris, Albin Michel, 1984 [2è édition 2005].
  • Denis COGNEAU, 2016. « Histoire économique de l’Afrique : renaissance ou trompe-l’oeil ? », Annales Histoire, Sciences Sociales, 71(4) : 879-896. [Also in English : “Economic History of Africa : Renaissance or False Dawn ?”]
  • Denis COGNEAU, Yannick DUPRAZ & Sandrine MESPLÉ-SOMPS. “Fiscal Capacity and Dualism in Colonial States. The French Empire 1830-1962”, PSE Working Papers n°2018-27, 2018.

................

Afristory et le Centre François Simiand

Au sein du Centre François Simiand, l’équipe Afristory extrait et analyse les données économiques et sociales des archives françaises portant sur le « second » Empire colonial (1830-1962) : Afrique du Nord, Afrique Occidentale et Equatoriale, Madagascar et Indochine. Constituée autour de Denis Cogneau et de Sandrine Mesplé-Somps (IRD), l’équipe inclut notamment Yannick Dupraz (U. Warwick), Elise Huillery (U. Paris-Dauphine), Cédric Chambru (doctorant U. de Genève) et Justine Knebelmann (doctorante PSE). La collecte a jusqu’à présent porté sur les comptes budgétaires détaillés en recettes et en dépenses à tous les niveaux administratifs existants (fédérations, colonies, provinces, municipalités, ministères métropolitains concernés), l’emploi et les salaires publics, la démographie, la scolarisation, les infrastructures scolaires, sanitaires, énergétiques et de transport, les revenus et les prix, et même les dossiers militaires et médicaux des soldats « indigènes ». Certaines de ces données sont en train d’être prolongées sur la période postcoloniale (1962-2010), et une seconde phase du programme va commencer sur les entreprises et les flux de capitaux privés, en collaboration avec une autre équipe du Centre Simiand, l’équipe D-FIH.


PARCOURS. Silvia Salazar (Curtin Univ.) : portrait d’une globe-trotteuse

Silvia Salazar (PhD 2015), Research Fellow à l’Université de Curtin.
Accéder à son site personnel ou à sa page Linkedin

JPEG - 68.1 ko

Silvia est partie très tôt de son pays natal puisqu’elle a quitté la Colombie dès après l’obtention de son bac en 2003. Direction Londres pour, notamment, apprendre l’anglais : après un an de froid et de grisaille, elle décide de rejoindre l’Université de Montpellier afin d’y valider une licence en économétrie. Elle pense déjà à l’étape suivante, ambitionnant d’entrer à la Sorbonne à moyen terme tout en améliorant son français. Montpellier était donc une bonne première étape. En 2008, Silvia rejoint effectivement l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne au sein d’un master international en économie du développement. Durant ces deux années, elle suit de temps à autre quelques cours à PSE, une occasion pour elle de découvrir l’institution mais aussi les travaux de François Gardes.

C’est le début d’une collaboration fructueuse avec celui qui devient son directeur de thèse : Silvia intègre en effet le programme doctoral de PSE en 2010, séduite par la renommée croissante de l’institution. Sa thèse porte sur « l’économie du temps », traduction littérale de « Economics of Time Use », et plus précisément sur les liens entre production domestique et inégalités (salariales en particulier). Tout au long de ses cinq années de thèse, elle donne des cours à Paris 1 et Paris 13, se sent bien en France mais pense à la suite, souhaitant découvrir de nouveaux horizons. En 2013, elle séjourne et enseigne pendant six mois au Brésil, à l’Universidade Católica Dom Bosco, et confirme cette envie.

Ainsi, quand, dans les dernières semaines avant sa soutenance, elle voit passer une offre d’emploi de Bankwest Curtin Economics Centre (BCEC) en Australie, Silvia postule sans hésiter. Elle travaille depuis 2015 dans cette institution à mi-chemin entre le public et le privé, fondée conjointement par l’université de Curtin et Bankwest. Selon elle, les recherches qui y sont menées sont fortement visibles auprès des femmes et hommes politiques, des ministres, des acteurs du privé etc.
Elle apprécie que la diffusion de la recherche soit plus évidente qu’en France - elle s’y sent encouragée et incite l’institution à nourrir ce point fort.

Last but not least, Silvia travaille essentiellement sur les aborigènes d’Australie, sujet qui la passionne et qui mobilise tout son enthousiasme et ses compétences. Elle se demande notamment quelles sont les causes des inégalités entre aborigènes et non-aborigènes sur le marché du travail ? pourquoi sont-ils en moins bonne santé et moins éduqués ? pourquoi les aborigènes d’Australie ont le taux d’incarcération, en pourcentage, le plus élevé au monde ? Elle espère que dans les prochaines années ces recherches attireront l’attention des journaux scientifiques, mais aussi de la société australienne. Rendez-vous est pris !


#photo. Les cinq promotions PSE de cette rentrée

PNG - 555.1 ko

TRIBUNE. Une entreprise responsable doit aussi faire preuve de responsabilité politique

Mireille Chiroleu-Assouline (PSE, Paris 1), Magali A. Delmas (UCLA, Invitée PSE), Thomas P. Lyon (Michigan Univ.)

Il est temps que les entreprises et les sociétés fassent preuve de transparence au sujet de leurs activités politiques. La responsabilité politique doit devenir un élément incontournable de l’évaluation des entreprises par les ONG, les investisseurs et les consommateurs. En tant que membres de l’Alliance for Research on Corporate Sustainability (1), Thomas P. Lyon et Magali Delmas, avec Mireille Chiroleu-Assouline et dix autres co-auteurs, expliquent pourquoi cela est si important, dans un article publié dans la California Management Review (2).

DE LA RSE A LA RPE
La responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSE), autrefois considérée comme non pertinente ou même subversive, est devenue un courant dominant. La plupart des grandes entreprises vantent maintenant leurs références écologiques dans leurs rapports annuels. La plupart des grandes écoles de commerce proposent des cours en la matière, voire des programmes complets à double diplôme qui visent à créer un monde durable « grâce au pouvoir des affaires ».

Ces avancées sont les bienvenues, mais elles ne vont pas assez loin. Nos frontières planétaires ont été dépassées et les écosystèmes mondiaux continuent de décliner. Les changements systémiques à grande échelle qui sont nécessaires n’émergeront pas dans le scénario « Business as Usual ». Ce qu’il faut, c’est un chamboulement des règles du jeu elles-mêmes, qui permettra de créer un cadre dans lequel les entreprises seront récompensées et non pénalisées pour avoir protégé la planète. Pour y parvenir, il faudra l’appui de chefs d’entreprise influents, c’est-à-dire qu’il faudra que la responsabilité politique des entreprises (RPE) s’assure que les règles soient non seulement appliquées, mais correctement et véritablement appliquées.

En matière de durabilité, la RPE consiste à soutenir des politiques qui empêchent les entreprises de faire supporter les dommages environnementaux par l’ensemble de la société, au lieu de simplement chercher à maximiser les profits à court terme. Dans cet article, M. Delmas, T. P. Lyon, M. Chiroleu-Assouline et leurs co-auteurs soutiennent que par rapport aux efforts des entreprises pour rendre leurs activités plus écologiques, leurs actions politiques, comme le lobbying ou le financement de campagnes, peuvent avoir davantage d’influence sur l’état de l’environnement. Il va sans dire que les politiques soutenues par les entreprises doivent être substantielles et non simplement symboliques.

LE CAS DE LA RESPONSABILITÉ ENVIRONNEMENTALE
La responsabilité politique des entreprises n’est pas inconnue dans le monde politique. Prenons pour exemple le domaine de la lutte contre le changement climatique. Lorsque le président Trump a annoncé son intention de se retirer de l’Accord de Paris sur le climat, Jeff Immelt, alors PDG de General Electric, a tweeté : « Le changement climatique est réel. L’industrie doit maintenant prendre les devants et ne pas dépendre du gouvernement. » (3) We Are Still In Movement, une coalition de chefs d’entreprise, d’éducateurs et de dirigeants d’administrations locales des États-Unis qui souhaitent respecter les engagements des États-Unis envers l’Accord de Paris sur les changements climatiques, fournit un exemple frappant de ce que peut être la RPE. Des centaines d’entreprises se sont regroupées avec les gouvernements locaux, les universités et des associations et ONG pour apporter leur soutien aux engagements nationaux et internationaux visant à combattre le changement climatique.

Il y a malheureusement des preuves que certaines entreprises utilisent des initiatives de développement durable comme couverture de leurs efforts politiques visant à bloquer des changements significatifs. Par exemple, les PDG de grandes entreprises comme Dow Chemical and Corning Inc. ont signé une lettre ouverte au Wall Street Journal exhortant les États-Unis à rester partie à l’Accord de Paris, tout en soutenant simultanément l’Industrial Energy Consumers of America (IECA), un groupe de pression qui poussait l’administration à se retirer de cet accord. Les constructeurs automobiles allemands ont qualifié leurs voitures de « diesel propre » tout en faisant pression, en Allemagne et ailleurs, pour des normes d’émission des véhicules plus souples et en trichant sur les tests d’émissions.

UNE TRANSPARENCE A PETITS PAS

JPEG - 148.6 ko

On ne saurait trop insister sur l’importance de la transparence des activités politiques des entreprises. C’est la garantie cruciale pour protéger la société contre la capture du politique par des intérêts privés. De plus, sans transparence, les actionnaires sont floués parce qu’ils ne connaissent pas vraiment la destination des fonds qu’ils ont investis. À l’heure actuelle, toutefois, la transparence des informations relatives aux activités politiques est très limitée. Par exemple, la Loi américaine sur la divulgation des activités de lobbyisme (Lobbying Disclosure Act) ne permet pas de collecter des données pour savoir si une entreprise a fait pression pour ou contre un texte réglementaire particulier. Seules sont connues les sommes dépensées sur un sujet particulier, mais pas à quelles fins.

Cependant, le changement est en vue. Depuis 2013, Vigeo Eiris, leader européen de la notation RSE, évalue les pratiques de lobbying des entreprises et juge le niveau global de transparence “faible, de façon prévisible” (4). Aux États-Unis, l’indice CPA/Zicklin de Wharton sur la transparence et la responsabilité politiques des entreprises a évalué l’ensemble du S&P 500 et a constaté une amélioration substantielle avec le temps de la transparence de leurs dépenses politiques (5). Toutefois, cet indice ne couvre pas encore le domaine critique des dépenses de lobbying. Une autre initiative prometteuse est la collaboration de Transparency France avec neuf entreprises partenaires pour élaborer un guide sur la déclaration des dépenses de lobbying. Cette démarche contribuera à créer des normes de bonne pratique en matière de transparence autour du lobbying (6).

Bien sûr, la RPE va bien au-delà du lobbying. Il existe au moins neuf canaux distincts par lesquels les entreprises exercent une influence politique (7), y compris le lobbying, mais aussi le soutien aux groupes de réflexion, la création de groupes de façade, le financement de comités d’action politique (Political Action Committees ou PAC) et de super PAC, le financement de fondations, le travail au sein d’associations professionnelles, la participation à des organisations de pointe, la participation aux comités consultatifs gouvernementaux et le placement de cadres dans des postes administratifs. Tous ces éléments doivent faire partie de notre conception de la RPE.

L’APPORT DES CHERCHEURS, L’ATTENTE DES CITOYENS
Dès lors que les dirigeants de la société civile et les chercheurs auront accès à des informations fiables et complètes sur l’action politique des entreprises, ils pourront proposer, évaluer et stimuler la création de nouvelles normes et politiques publiques pour la responsabilité politique des entreprises. L’un des principaux défis à relever à cet égard consistera à élaborer des cadres d’évaluation pour déterminer dans quelle mesure l’action politique des entreprises soutient des politiques qui mènent à des résultats plus durables. Les chercheurs continueront de jouer un rôle important dans la mise à l’épreuve des indicateurs de durabilité existants et dans l’élaboration de cadres nouveaux et améliorés pour la production de rapports. Un autre défi important consiste à élaborer des méthodes d’évaluation de la performance des partenariats intersectoriels.

Les sondages indiquent que la majorité des citoyens du pays le plus puissant du monde, les États-Unis, croient que leur système politique est corrompu, manipulé au bénéfice des 1 % les plus riches. Le temps est venu pour les chefs d’entreprise d’être jugés sur la façon dont leurs efforts pour établir les règles du jeu affectent la société dans son ensemble, et pas seulement sur leurs propres résultats financiers. La responsabilité politique des entreprises est au moins aussi importante que ce que l’on appelle actuellement la responsabilité sociale des entreprises.

................

Références
(1) ARCS - https://corporate-sustainability.org/

(2) ”CSR Needs CPR : Corporate Sustainability and Politics ?” T. P. Lyon, M. A. Delmas, J. W. Maxwell, P. Bansal, M. Chiroleu-Assouline, P. Crifo, R. Durand, J-P. Gond, A. King, M. Lenox, M. Toffel, D.Vogel, F. Wijen. Publié dans : California Management Review, 60(4), pp. 5 - 24. 2018. https://doi.org/10.1177/0008125618778854

(3) CNBC.com : https://cnb.cx/2uXL3lw

(4) Vigeo, communiqué de presse – juin 2013 https://bit.ly/2z3Pi3h

(5) The 2016 CPA- Zicklin Index of Corporate Political Disclosure and Accountability
http://files.politicalaccountability.net/index/2016CPAZicklinIndex.pdf

(6) Fostering transparency in lobbying activities in France
https://www.transparency.org/news/pressrelease/fostering_transparency_in_lobbying_activities_in_france

(7) Barley, S. R. (2010). Building an institutional field to corral a government : A case to set an agenda for organization studies. Organization Studies, 31(6), 777-805.

................

Magali Delmas est Professeur de Management à l’UCLA Anderson School of Management et au sein de l’Institut pour l’Environnement et le Développement Durable. Elle dirige le Center for Corporate Environmental Performance (UCLA). Ses recherches portent sur la soutenabilité stratégique et des entreprises. Elle a publié plus de 80 articles, chapitres et cas d’études sur le sujet. Son dernier livre s’intitule The Green Bundle : Pairing the Market with the Planet (Stanford Press). Elle a présidé l’ARCS de 2013 à 2017.

Mireille Chiroleu-Assouline est professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et professeur associé à PSE. Elle est vice-présidente de la French Association of Environmental and Resource Economists. Ses recherches et son expertise concernent l’économie de l’environnement et plus particulièrement la fiscalité environnementale et ses impacts économiques, les politiques de lutte contre l’effet de serre ou encore la responsabilité sociale et environnementale des entreprises et les interactions entreprises-ONG-décideurs publics dans le domaine de l’environnement.

Thomas P. Lyon est titulaire de la chaire Dow Sustainable Science, Technology and Commerce de l’Université du Michigan (RSB et SES). Il préside l’ARCS et a dirigé l’Institute for Global Sustainable Enterprise. Chercheur reconnu pour ses travaux utilisant l’analyse économique afin de mieux comprendre les stratégies environnementales des entreprises, dans le secteur de l’énergie notamment, en lien avec les régulations gouvernementales, les ONG et les consommateurs. Il est l’auteur de l’ouvrage séminal Corporate Environmentalism and Public Policy (CUP).


FOCUS. Retour sur l’évaluation du budget 2019

Depuis avril 2012, PSE-Ecole d’économie de Paris soutient et développe l’Institut des politiques publiques, en partenariat avec le CREST, notamment grâce à l’ANR au titre des Investissements d’avenir. L’IPP, dont l’équipe permanente est dirigée par Antoine Bozio (EHESS/PSE) et compte 24 chercheurs et doctorants, connaît une croissance continue de son activité : plus de 43 projets de recherche sont en cours ou ont été réalisés par l’Institut, pour un budget total d’un million d’euros l’an dernier.

Le 11 octobre, PSE était partenaire d’une conférence organisée par l’IPP et le Cepremap pour présenter une évaluation du budget 2019. Au printemps dernier, l’Assemblée Nationale dont l’objectif est de soumettre systématiquement le budget à des évaluations indépendantes, a sollicité plusieurs institutions afin d’évaluer différentes mesures du budget 2019 (PLF et PLFSS) et a confié à l’IPP l’évaluation du CICE (Note IPP n°36). En prolongement de cette étude, l’IPP a étendu son évaluation aux effets du budget sur les ménages et les entreprises. La conférence du 11 octobre a permis de présenter l’ensemble de ces résultats ainsi qu’une analyse plus large des hypothèses macroéconomiques réalisée par les équipes du Cepremap, puis de les discuter dans une table-ronde animée par François Lenglet (TF1/RTL), regroupant cinq députés membres de la Commission des finances : Eric Woerth (Les Républicains), Jean-Noël Barrot (Mouvement Démocrate), Valérie Rabault (Socialistes et apparentés), Eric Coquerel (La France Insoumise) et Amélie de Montchalin (La République en Marche).

Citoyens, étudiants, élus, journalistes et chercheurs étaient au rendez-vous, et la couverture médiatique qui a suivi a donné la mesure du virage historique engagé tant par les chercheurs – proposer une évaluation scientifique et non partisane du budget de la France – que par les députés – mettre en place un dialogue objectif sur les mesures socio-fiscales prévues par le gouvernement.

PNG - 709.5 ko

Retrouvez toutes les Lettres précédentes, inscrivez vous ou désinscrivez vous directement sur cette page