La science économique au service de la société

Chaire Mesures de l’économie, Nowcasting - au-delà du PIB, Insee – QuantCube – PSE – CANDRIAM – Société Générale

PNG - 65.3 ko

La Chaire Mesures de l’économie, Nowcasting - au-delà du PIB est créée au sein de PSE (Communiqué de presse 27 oct. 2021). Elle se propose de contribuer au progrès des méthodes de la statistique économique, en favorisant la mobilisation de nouvelles sources et le développement d’outils de prévision à très court terme (Nowcasting), et en poursuivant les réflexions engagées depuis la commission Stiglitz sur un approfondissement de la mesure statistique de la performance économique et du bien-être (Beyond GDP). Dans ces deux composantes, l’objectif est de mieux répondre aux attentes des décideurs privés et publics et, plus largement, de la demande sociale sur ces sujets.

Cette Chaire est le résultat d’un partenariat exceptionnel et original de par la diversité et la complémentarité des acteurs qui s’engagent ensemble pour partager et porter leurs ambitions dans ces domaines de recherche. Il regroupe l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), dont les travaux dans ces domaines font autorité, une start-up proposant des prévisions macroéconomiques fondées sur le Big Data et l’intelligence artificielle (QuantCube Technology), une société internationale de gestion d’actifs (CANDRIAM) et une grande banque française (Société Générale), qui entendent développer leurs méthodes de mesures et d’analyses économiques, et un centre de recherche et d’enseignement (PSE-École d’économie de Paris) engagé depuis son origine dans une approche quantifiée et statistique de l’économie. La Chaire « Mesures de l’économie, nowcasting - au-delà du PIB » pourra développer des collaborations scientifiques et mobiliser des expertises diverses. Ainsi, elle engagera une collaboration avec le centre WISE (Well-being, Inclusion, Sustainability and Equal Opportunity) de l’OCDE.


Nowcasting – Pertinence, rapidité et qualité sont trois objectifs majeurs que s’assigne la production de statistiques économiques : fournir des indicateurs qui éclairent au mieux l’état courant et les perspectives de l’économie et le faire dans des délais aussi courts que possible, sans sacrifier la qualité de l’information. Cette double attente a été encore renforcée par la crise sanitaire de l’année 2020. Elle a accru l’exigence de rapidité pour la production des indicateurs habituels. Cet axe est porté par Catherine Doz (PSE, Paris 1).

Au-delà du PIB - Les réflexions sur ce que pourrait ou devrait être le « monde d’après » renforcent les interrogations sur les limites de ces indicateurs, principalement ceux que produit la comptabilité nationale : face à ces interrogations, il faut à la fois mieux communiquer sur ce qu’ils apportent, travailler à encore les améliorer, et poursuivre la recherche d’indicateurs complémentaires au sujet desquels se posera la même question des délais de mise à disposition. Cet axe est porté par Marc Fleurbaey (PSE, CNRS).

Nowcasting & Au-delà du PIB - Le lien entre les deux parties de la chaire réside dans leur contribution jointe à l’effort d’accroître la pertinence des statistiques et données disponibles pour les décideurs et le public, que ce soit dans la dimension temporelle (rapidité, visibilité) ou dans le champ des objets mesurés (activité économique, bien-être, développement durable). En somme, il s’agit, d’une part, de produire des indicateurs avancés et, d’autre part, de progresser dans la construction d’indicateurs pertinents pour la société.

Co-porteurs de la Chaire :

  • Catherine Doz – Professeur à PSE et à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne
  • Marc Fleurbaey – Professeur titulaire d’une chaire à PSE et Directeur de recherche CNRS

Le comité de pilotage

Composé des co-porteurs de la Chaire, d’un à deux représentants de chaque Partenaire et d’un représentant de la Direction de PSE, le Comité de pilotage définit les orientations stratégiques de la Chaire, les moyens nécessaires à leur mise en œuvre et leur déclinaison en termes de recrutements ou de thématiques de recherche. Il se réunit au moins trois fois par an.

Partenaires PSE

JPEG - 13.2 ko

LInsee, direction générale du ministère de l’Économie et des Finances, a pour mission de collecter, analyser et diffuser des informations sur l’économie et la société française sur l’ensemble de son territoire. Il conduit ses travaux en toute indépendance professionnelle. Présent sur tout le territoire via ses établissements et directions régionales, l’Insee réalise le recensement de la population en partenariat avec les communes et dresse chaque année un panorama économique et social de la France au travers d’une cinquantaine d’enquêtes. Dans le domaine macro-économique, l’Insee est responsable de la production des comptes nationaux annuels et trimestriels, en accord avec les normes internationales. Il élabore les informations conjoncturelles, en assure la diffusion et en fait périodiquement la synthèse. L’Insee conduit des études visant à éclairer les évolutions de l’économie française et ses perspectives, et favorise le développement des méthodes et des statistiques dans les domaines relevant de sa compétence.

PNG - 15.3 ko

QuantCube Technology utilise l’intelligence artificielle et l’analyse des big data pour fournir des informations macroéconomiques en temps réel. Elle exploite l’un des plus grands « lacs de données » alternatifs au monde, traitant plus de 14 milliards de points finaux. Les sources englobent les actualités, les médias sociaux, les données satellitaires, les réseaux professionnels et les avis de consommateurs, ainsi que les données sur le commerce international, le transport maritime, l’immobilier, l’hôtellerie et les télécommunications. Les indices Macro Nowcast de QuantCube, portant sur des variables telles que la croissance économique, l’inflation, l’emploi et le commerce international, présentent une forte corrélation avec les données officielles et font consensus. Les institutions financières qui utilisent ces données bénéficient d’un aperçu en temps réel, souvent en avance sur les chiffres officiels, qu’elles peuvent utiliser pour informer leurs stratégies d’investissement. Basée à Paris, QuantCube emploie une équipe internationale de data scientists, experts en traitement automatique des langues (multilingue), en deep et machine learning. L’entreprise compte parmi ses actionnaires Moody’s et la Caisse des Dépôts, et une partie de sa R&D a été financée par l’Agence spatiale européenne et le CNES.

PNG - 17 ko

CANDRIAM qui signifie « Conviction AND Responsibility In Asset Management », est un gestionnaire d’actifs européen multi-spécialiste. Pionnier et leader dans le domaine des investissements durables depuis 1996, CANDRIAM gère environ €150 milliards d’actifs et s’appuie sur une équipe de plus de 600 professionnels. La société dispose de centres de gestion à Luxembourg, Bruxelles, Paris et Londres et ses responsables de clientèle couvrent plus de 20 pays dans toute l’Europe continentale, au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Moyen-Orient. CANDRIAM propose des solutions d’investissement innovantes et diversifiées dans plusieurs domaines clés : obligations, actions, stratégies à performance absolue et allocation d’actifs., une gamme large et innovante couvrant toutes ses classes d’actifs. CANDRIAM est une société New York Life. New York Life Investments se classe parmi les principaux gestionnaires d’actifs mondiaux.

PNG - 10.5 ko

Société Générale. Acteur important de l’économie réelle depuis plus de 150 ans avec un ancrage solide en Europe et connecté au reste du monde, Société Générale emploie plus de 133 000 collaborateurs dans 61 pays et accompagne au quotidien 30 millions de clients particuliers, entreprises et investisseurs institutionnels à travers le monde, en offrant une large palette de conseils et de solutions financières sur mesure qui s’appuie sur trois pôles métiers complémentaires : la Banque de détail en France avec les enseignes Société Générale, Crédit du Nord et Boursorama qui offrent des gammes complètes de services financiers avec un dispositif omnicanal à la pointe de l’innovation digitale ; la Banque de détail à l’international, l’assurance et les services financiers aux entreprises, avec des réseaux présents en Afrique, Russie, Europe centrale et de l’est, et des métiers spécialisés leaders dans leurs marchés ; la Banque de Grande Clientèle et Solutions Investisseurs, avec ses expertises reconnues, positions internationales clés et solutions intégrées. Société Générale figure dans les principaux indices de développement durable : DJSI (World et Europe), FTSE4Good (Global et Europe), Bloomberg Gender-Equality Index, Refinitiv Diversity and Inclusion Index, Euronext Vigeo (Europe et Eurozone), STOXX Global ESG Leaders indexes et MSCI Low Carbon Leaders Index (World and Europe).

Les activités de la Chaire

  • Organisation d’événements scientifiques ou grand public Des séminaires de recherche, des conférences internationales et des ateliers thématiques ponctueront la vie scientifique de la Chaire, rassemblant un public académique et des professionnels experts de ces questions. Chaque année, une grande conférence réunissant les chercheurs et les partenaires, mais aussi un public plus large, rendra compte des derniers travaux (incluant un format table-ronde).
  • Invitations de chercheurs La Chaire associe des chercheurs du monde entier, pour de courtes ou longues périodes, afin d’enrichir les travaux menés et initier de nouvelles collaborations. Ces invités participent aux événements et/ou aux enseignements portés par la Chaire.
  • Financement d’allocations doctorales et postdoctorales Sur des sujets spécifiques à la Chaire et définis par les partenaires, des allocations doctorales et postdoctorales sont régulièrement proposées via un appel à candidatures international. Après délibération par un jury idoine, les candidat(e)s sélectionné(e)s intègrent respectivement le programme doctoral ou la communauté scientifique de PSE.
  • Mise en place de formations professionnelles À partir des développements les plus récents de la recherche, la Chaire peut contribuer à nourrir la réflexion stratégique des professionnels et les aider à répondre aux enjeux qui se posent à eux à travers des formations courtes et sur-mesure, en présentiel ou en distanciel. Par exemple via un « mini-cours » sur les modèles à facteurs dynamiques ou sur l’approche par le revenu équivalent.
  • Échanges avec les partenaires La Chaire est un lieu de réflexion et d’échange privilégié entre les partenaires. Un séminaire transversal réunissant l’ensemble des chercheurs impliqués et des salariés des partenaires intéressés par les travaux en cours est organisé. Des collaborations régulières peuvent être mises en place entre les différentes personnes impliquées, sur des sujets ponctuels ou des projets de plus long terme.

Un programme scientifique en 2 axes

>> Améliorer la mesure et la prévision à très court terme (nowcasting)
On désigne par « nowcasting » la prévision de très court terme (dite aussi « prévision immédiate »), c’est-à-dire la prévision qui peut être faite d’une grandeur (par exemple le PIB) avant sa première publication officielle. Cependant, les techniques mobilisées peuvent être aussi utilisées pour la prévision de court terme, par exemple la prévision à horizon d’un an. Ces prévisions à très court terme sont utiles pour les décideurs publics, en charge de la politique économique nationale ou internationale. Elles sont aussi utiles pour les investisseurs privés dont les choix peuvent être en partie orientés par ce type de prévisions. En effet, elles permettent d’avoir une estimation des valeurs courantes des variables macroéconomiques d’intérêt à un moment où elles ne sont pas encore connues, du fait des délais de publication auxquels sont soumises ces variables.

Des techniques statistiques éprouvées
Les modèles utilisés pour le nowcasting sont notamment ceux appelés « Modèles à Facteurs Dynamiques », et ont été l’objet d’une littérature abondante au cours des vingt dernières années. De nombreux acteurs publics utilisent ce type de modèles : citons par exemple la Fed de New-York, celles de St Louis ou d’Atlanta, la BCE, parmi beaucoup d’autres. Le principe de ces modèles consiste à résumer les comportements dynamiques d’un grand nombre de variables en les supposant liées à un petit nombre de variables latentes inobservables appelées facteurs.

Des techniques statistiques à développer
En premier lieu, des variantes de ces modèles ont été développées ces dernières années et peuvent mériter qu’on évalue leur apport en prévision sur données françaises. Citons par exemple l’utilisation de variables en niveau et non en taux de croissance pour prévoir la tendance et pas seulement le cycle, les méthodes de sélection préalable des variables pertinentes pour construire la prévision, les modèles à changement de régime dans lesquelles les paramètres décrivant la dynamique des facteurs sont différents suivant que l’on est en phase d’expansion ou de récession, et qui permettent d’estimer des probabilités d’entrer en (ou de sortir de) récession. Ce type de modèle, qui permet d’identifier rapidement les retournements cycliques, n’est pas forcément adapté à des périodes extrêmes telles que celle que nous connaissons actuellement mais il s’avère être un outil assez performant dans des périodes où les fluctuations cycliques ont une amplitude plus normale.

En second lieu, la flexibilité de ces modèles pour traiter des données de périodicité différente va sans doute être exploitée de façon plus intensive qu’elle ne l’a été jusqu’à maintenant, puisque les incertitudes de la période en cours font naître le besoin de prévisions plus fréquentes, basées sur des données elles aussi plus fréquentes. La période actuelle a engendré un certain nombre de nouvelles approches sur le plan des données et de la fréquence de mise à jour des prévisions, qui perdureront au-delà de la crise sanitaire. Il s’agit d’identifier des données plus fréquentes et facilement accessibles, susceptibles de fournir des prévisions de qualité. Il serait particulièrement intéressant d’étudier si les modèles à facteurs, utilisés avec des données haute fréquence, permettent de construire des indices d’activité fiables, tant au niveau français qu’au niveau de la zone Euro.

Enfin, on peut envisager que l’utilisation de ce type de données de plus haute fréquence (se rapprochant de données de type « Big Data ») conduise à explorer des techniques différentes, issues du machine learning. Dans un deuxième temps dans l’agenda de recherche de la Chaire, ces nouvelles techniques seront étudiées de façon à identifier leurs potentialités mais aussi leurs limites, et ainsi progresser sur la voie d’une prévision toujours plus rapide et efficace. Identifier le type de données à très haute fréquence le plus utile, progresser dans les techniques de production, de collecte et d’utilisation rigoureuses de ces données sont des pistes prometteuses de recherche que la Chaire mettra à son agenda.

>> Mesurer « autour et au-delà du PIB »
Au cours des dix dernières années, ce sont les interrogations sur le « mismeasurement » d’une croissance de plus en plus polymorphe et dématérialisée qui sont venues s’ajouter aux critiques plus traditionnelles de la littérature « beyond GDP ». La crise a offert de nouvelles variantes de ces différentes interrogations, concernant par exemple la question de la valorisation relative des services publics ou autres activités dites « essentielles », ou bien celle de la mesure des prix et du niveau de vie dans un contexte de déformation brutale et forcée des structures de consommation.

Toutes ces questions obligent à confronter le cadre conceptuel de la comptabilité nationale à la problématique plus large de l’évaluation du bien-être. Beaucoup des concepts proposés par la comptabilité nationale gagnent à être pensés en lien avec l’objectif de mesure du bien-être.

Les travaux basés sur la comptabilité nationale pourraient également apporter un concours plus significatif à l’évaluation de la durabilité du développement. S’il ne s’agit pas nécessairement d’intégrer de tels indicateurs au cadre central de la comptabilité, compte tenu notamment de ce que ce cadre est fixé par des normes internationales et de ce que ces indicateurs s’appuient sur des hypothèses de nature différente de la statistique rétrospective, trouver des prolongements au cadre central intégrant cette dimension prospective reste une nécessité : il faut éviter que les messages de la statistique publique apparaissent en retrait d’une préoccupation qui est devenue majeure.

Dans le domaine du reporting des entreprises sur la responsabilité sociale des entreprises (RSE), de nombreuses initiatives ont vu le jour auprès des grandes entreprises ainsi que des fonds d’investissement, des agences de notation et des agences de conseil associées. Bien qu’il existe un consensus sur la nécessité de couvrir les dimensions environnementale, sociale et de gouvernance (ESG), il y a un manque de compréhension claire de ce que signifie la responsabilité sociale des entreprises dans une division du travail entre les gouvernements, les ménages, la société civile et les organisations professionnelles. L’idée de plus en plus populaire de servir les intérêts de toutes les parties prenantes se heurte en fait à la pensée conventionnelle de la théorie économique et de la gestion sur la nécessité de s’appuyer sur une mesure objective des objectifs et des réalisations, et sur la nécessité d’une gouvernance unifiée de l’organisation sous la direction d’un groupe homogène de propriétaires ultimes. Et sans un bon outil pour mesurer son impact plus large sur le bien-être sociétal, les entreprises prennent des initiatives et communiquent à leur sujet de multiples façons qui manquent de coordination au niveau macroéconomique.

Des statistiques éprouvées et des approches théoriques solides
La comptabilité nationale offre un cadre cohérent de description de l’activité économique et de la circulation des ressources entre les secteurs d’activité et entre les différents types d’agents. Elle repose sur de nombreuses conventions qui visent à rendre plus pertinents les chiffres publiés pour les décideurs et le débat public. Certaines de ces conventions peuvent être révisées pour prendre en compte l’évolution de l’économie et de la société et pour mieux définir le lien entre certaines grandeurs et les mesures du bien-être.

En matière de mesure du bien-être, on peut identifier trois approches qui reposent sur des fondements théoriques issus de la littérature académique (par opposition aux indicateurs synthétiques, de nature plus pragmatique). La plus objective, proposée par Amartya Sen, propose de s’appuyer sur les conditions de vie et plus précisément sur les opportunités (« capabilités ») dont bénéficie la population en la matière. La plus subjective, poussée par les travaux empiriques sur le bien-être subjectif, propose de mesurer directement les réponses à des questionnaires de satisfaction ou de bonheur. Entre les deux se situe l’approche du revenu équivalent, qui part des conditions de vie mais les ramène à l’étalon monétaire en s’appuyant sur les préférences de la population (par le biais de consentements à payer). Cette dernière approche est la plus proche de la comptabilité, puisqu’elle cherche à corriger le revenu des coûts et avantages, ressentis par les populations, des aspects hors-revenu des conditions de vie. Les trois approches peuvent se prêter, avec plus ou moins de robustesse, à une mesure des inégalités, ainsi qu’à une estimation de l’impact particulier de divers aspects des conditions de vie.

Des techniques statistiques à développer
Plusieurs pistes de recherche méritent d’être poursuivies, en particulier pour les deux dernières approches.

Plusieurs questions autour de la mesure du PIB se posent pour les comptables nationaux : le partage volume-prix, en particulier en période de fluctuations importantes de la structure de la production et de la consommation ; la prise en compte de la qualité et des nouveaux produits dans un contexte d’accélération de l’obsolescence ; l’émergence de services quasi-gratuits au sein de l’économie numérique ; le contour de la production des ménages ; la valorisation de la production des administrations publiques ; la localisation des activités de production et de création de revenu dans l’économie mondialisée ; la place du logement dans les indicateurs de pouvoir d’achat ; la mesure de l’investissement en capital humain. En examinant ces questions, un dialogue entre chercheurs et comptables nationaux pourra dessiner des pistes pour modifier à la marge certains conventions comptables et pour élaborer des mesures complémentaires plus proches des concepts théoriques et des mesures de bien-être.

L’approche du revenu équivalent peut, en particulier, servir d’inspiration dans l’examen de ces différentes questions. Cette approche offre des principes de mesure qui permettent de s’affranchir des limites imposées par les prix de marché pour pondérer différents aspects de l’activité économique, notamment non-marchande. Bien qu’en théorie cette approche exige une estimation des préférences de la population, ce qui est généralement coûteux et difficile, il est possible de développer des approximations plus aisées à mettre en œuvre.

Au-delà de ces questions comptables, l’approche du revenu équivalent peut aussi servir à estimer l’impact sur la population de certaines externalités (qualité environnementale, relations sociales) induites par les comportements de production, d’investissement et de consommation, et ainsi contribuer à calibrer non seulement les réponses incitatives et réglementaires, mais aussi les initiatives ESG du secteur privé et financier soucieux d’internaliser au mieux les externalités positives et négatives créées par l’activité des entreprises. Elle peut également, de la sorte, offrir une décomposition des contributions au bien-être des différents facteurs marchands et non-marchands qui influencent le bien-être.

Une réflexion sur la mesure du développement durable doit se poursuivre. La théorie indique comment des mesures d’épargne nette peuvent être pertinentes, mais les conditions d’application de la théorie sont loin d’être réunies et une réflexion sur l’élaboration ou l’utilisation de scénarios à long terme permettant d’estimer la valeur des stocks actuels mériterait d’être engagée, en lien avec les efforts fournis par les chercheurs du climat. Par ailleurs, l’approche coût-efficacité privilégiée en France pour estimer les valeurs tutélaires des actions de protection de l’environnement (telles que le « shadow price » du carbone) s’oppose à l’approche coût-bénéfice employée ailleurs pour estimer ces mêmes valeurs, et ce débat méthodologique mérite d’être poussé à son terme. La prise en compte de la biodiversité soulève également de grandes difficultés et son intégration purement « instrumentale » dans la théorie anthropocentrée du développement durable est remise en cause. Des travaux récents ont démontré la possibilité de faire des estimations exploratoires d’un bien-être global intégrant de multiples espèces et genres du vivant.

>> Vers une mesure plus rapide d’indicateurs autour et au-delà du PIB ?
À terme, et si les données s’y prêtent, on peut imaginer que des synergies soient possibles entre les deux parties de la chaire. Cette perspective de travail, qui se nourrirait des deux volets de la Chaire, est aujourd’hui au stade de la réflexion, et sa faisabilité repose en particulier sur la disponibilité de données adaptées. Mais il constituerait une possibilité de recherche et d’applications importantes, qui pourraient être mises à l’agenda de la Chaire et donner lieu à une collaboration entre les deux axes de celle-ci. À titre d’exemple, le fait que les données sociales et de bien-être attirent souvent moins l’attention médiatique et politique est souvent regretté par les analystes, et attribué à leur disponibilité trop épisodique, ainsi que les délais importants qui caractérisent leur publication. Augmenter la fréquence et la rapidité de publication d’indicateurs de bien-être, de conditions de vie, d’inégalités et de pauvreté peut provenir non seulement d’une meilleure maîtrise des concepts et des méthodes de mesure envisageables, mais également de la mobilisation de données originales et d’un traitement statistique adapté.