Intervenant :
Elvire Guillaud (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
Lieu
Paris School of Economics
48 Boulevard Jourdan
75014 Paris, France
La protection sociale, historiquement très soutenue en France, est sous pression : les besoins sont plus dynamiques que les recettes. Une augmentation des prélèvements sociaux est-elle politiquement soutenable ? A partir du baromètre de la Drees, qui interroge chaque année 4000 individus sur la protection sociale en France, nous analysons l’impact des réformes du financement de la protection sociale sur l’opinion publique sur la période 2000-2020. Deux types de chocs sont étudiés : l’évolution des taux de cotisations sociales (chômage, retraite) et le choc sur la CSG, cet impôt étant exclusivement affecté à la protection sociale. Nous tirons parti du fait que certains groupes de travailleurs et/ou de retraités ne sont pas affectés par ces hausses de taux pour mener une analyse en double différence. Nous cherchons ainsi à déterminer si, après la réforme, l’opinion des groupes affectés par les changements de prélèvements connaît une évolution significativement différente de celle des groupes non affectés (alors que ceux-ci suivaient une tendance commune avant la réforme). Nous n’observons pas de sentiment de « révolte des cotisants » : une augmentation modérée ou graduelle de prélèvements affectés, qui font partie des structures habituelles de financement de la protection sociale, n’altère pas l’adhésion des populations concernées. En revanche, une réforme atypique du financement de la protection sociale, comme la hausse particulièrement rapide de la CSG en 2018 pour compenser la suppression des cotisations salariales chômage, sans contrepartie directe pour les retraités ou les détenteurs d’actifs financiers et de revenus du patrimoine, a déclenché une réaction de moindre soutien au financement de l’assurance chômage dans l’année qui a suivi la réforme.